« Nous ne sommes même pas considérés comme des hommes » : les témoignages de 36 réfugiés et demandeurs d’asile abandonnés pendant 4 ans dans le désert tunisien

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Par : Valentin Bonnefoy

Chargé de mission “Observatoire Maghrébin des Migrations (OMM)” au sein du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES)

 (Abstract en Anglais en bas)

« Nous ne sommes même pas considérés comme des hommes » : les témoignages de 36 réfugiés et demandeurs d’asile abandonnés pendant 4 ans dans le désert tunisien

C’est après la décision de l’UNHCR en 2013 de fermer le camp officiel de Choucha que ces 36 réfugiés se sont retrouvés livrés à eux-mêmes sans ressources. Depuis 4 ans, 36 réfugiés et demandeurs d’asile ont été abandonnés dans le désert tunisien par le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) et les autorités tunisiennes. Ils n’ont cessé depuis de demander à l’agence des Nations Unies – comme en témoigne leur blog (https://voiceofchoucha.wordpress.com/page/2/) –  une réexamination de leurs demandes de protection internationale et de réinstallation dans un pays permettant d’effectuer une demande d’asile en bonne et due forme.  En effet, la Tunisie n’a toujours pas adopté le projet de loi pour une procédure nationale de demande d’asile, malgré son adhésion le 16 octobre 1968 à la Convention de Genève de 1951 (et son protocole additionnel de 1967) relative au statut de réfugié.

« De la souffrance, de la souffrance et de la souffrance… C’est tout ce qu’on a eu pendant 7 ans. On a mangé de la souffrance, bu de la souffrance, vécu dans la souffrance. 7 ans… te rends-tu compte du temps que ça fait à survivre dans un campement dans le désert, sans eau, sans électricité, sans nourriture ? Tu aurais survécu toi ? », exprime un demandeur d’asile nigérian.

« On n’acceptera qu’une relocalisation vers un pays occidental, c’est tout ce que l’on peut supporter après 7 ans d’attente. Mais quelle que soit la décision qu’ils prennent, ils doivent la prendre vite. Très vite. » défend un réfugié libérien qui avait gardé le silence pendant toute la durée de l’échange. « Nous n’en pouvons plus d’attendre, nous ne supporterons pas une semaine de plus dans ce type de bâtiment. »

Ces échanges se sont déroulés vendredi 23 juin 2017, dans deux chambres distinctes de l’auberge de jeunesse de la Marsa (Gouvernorat de Tunis). Deux groupes de demandeurs d’asile ont pu exprimer leurs témoignages et revendications en français et en anglais : le premier groupe est composé de trois Ivoiriens et le second de deux Nigérians, d’un Libérien et d’un Ghanéen.

Lors de la seconde rencontre nous nous retrouvons à 5 sur deux lits dans une petite chambre pour deux et une certaine proximité s’installe alors que le dialogue en anglais est plus vif et revendicateur.

« Nous en avons marre de témoigner depuis 7 ans, que des organisations nous écoutent puis se fassent nos porte-paroles sans ne jamais répercuter directement nos propres mots et le message que l’on souhaite faire passer », me prévient d’emblée l’un des deux réfugiés nigérians. « Même si nos paroles et nos discours te semblent violents, retranscris-les avec nos mots s’il-te-plaît. Pas les tiens ».

Cet article est donc essentiellement rédigé à partir des paroles et discours directement tenus par les réfugiés et demandeurs d’asile rencontrés dans l’auberge de jeunesse. Expulsés de force du campement de Choucha le lundi 19 juin 2017 par une centaine de militaires et de policiers de la Garde Nationale tunisienne, les 36 demandeurs d’asile ont été ensuite arbitrairement privés de liberté le 20 juin[1] avant d’être hébergés dans un centre pour jeunes à La Marsa. L’évolution de leurs situations dans les jours à venir est encore incertaine. La directrice du centre assurait que l’auberge de jeunesse ne les garderait pas plus de quelques jours supplémentaires.

DES PROMESSES NON TENUES : UN ABANDON PROGRESSIF PAR LES NATIONS UNIES DEPUIS 2013

« Nous ne sommes pas venus à Choucha par nous-mêmes, on nous y a emmené. L’UNHCR nous a promis en 2011 une protection en tant que réfugiés et une relocalisation dans un pays occidental. Quand est-ce qu’ils agiront responsablement et non en se cachant ? Tout ça n’est qu’une décision politique à prendre. Nous sommes que 35 à réinstaller, qu’est-ce que c’est pour un pays occidental comptant des millions de personne ? Non, au lieu de cela, on nous a anonymisés, rendus invisibles. Des organisations comme Médecin Sans Frontière (MSF), l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), UNHCR – le Croissant rouge, le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES) venaient nous voir mais rien ne s’est passé », affirme le demandeur d’asile ghanéen.

« Avant on était dans un camp en Libye et des bus ont été mis à notre disposition par l’UNHCR. On avait peur de partir parce qu’on ne connaissait rien à la Tunisie. En plus, pendant ce temps c’était chaud en Côte d’Ivoire, il y avait la guerre. Donc on a fait un choix, on est venus en Tunisie avec l’aide de l’UNHCR. Les représentants nous avaient promis : « On va trouver une solution pour vous immédiatement parce que vous êtes des réfugiés », on a eu de l’espoir. Et finalement on nous a dit : « il faut rentrer chez vous, ce n’est plus la guerre ». Mais ce n’est pas possible, beaucoup de nous ont eu des histoires personnelles qui nous empêchent de retourner dans notre pays. L’UNHCR n’a pas pris le temps de traiter nos cas. Comment tu veux t’expliquer en 30 minutes seulement ? Qu’est-ce que tu as eu le temps d’expliquer ? Certains n’ont eu que 20 minutes. Ils nous mettaient la pression, ils avaient déjà une idée arrêtée sur nos cas. Ils voulaient juste faire des formalités. Maintenant on nous rejette, et on dit rentrez maintenant. Tu comprends un peu le système ? », questionne un des trois demandeurs d’asile ivoiriens.

 « Nous avons des amis qui ont été réinstallés en 2013 et qui sont aujourd’hui en Angleterre, en France, en Italie, en Suède, Norvège, Belgique et même au Canada. Certains ont eu un statut de réfugié mais n’ont jamais été réinstallés et d’autres n’ont eu ni l’un ni l’autre. Pourquoi parmi les 3088 réfugiés[2]  du camp réinstallés à ce moment-là nous avons été les seuls à ne pas avoir été entendus, abandonnés ?  Ce sont pourtant la plupart de ces pays qui ont créé le contexte de cette misère humaine, en Libye, par leurs bombes. C’était une intervention militaire de la France et de la Grande-Bretagne avec l’OTAN au nom des droits humains qui a provoqué cette situation ! Mais c’est un scandale, regardez aujourd’hui dans quel état est la Libye et à quel point nos droits humains ont été plus que violés ».

 « Nous voulons ce qui nous a été promis à ce moment-là ou bien la mort. Ils ont tout ce qu’il faut pour nous tuer, des balles, des armes, pourquoi ne le font-ils pas si c’est ce qu’ils veulent ? Ce qu’on a vécu pendant 7 ans est bien pire, c’est de la torture mentale, on voulait nous faire perdre notre identité d’être humain. Si l’on avait pu retourner dans notre pays vous croyez que l’on ne l’aurait pas fait ? Il n’y a de meilleur endroit que la maison, mais c’est impossible ! L’OIM est venu nous le proposer mais pourquoi ne réfléchissent-ils pas ? Ils se moquent de nous et de nos droits humains. Cette énorme machine qu’est l’ONU dénie aujourd’hui les droits humains de millions de personnes qui sont en Libye et qu’ils laissent être traités comme des animaux. » me dit un des demandeurs d’asile nigérians.

 « C’est pourquoi on est resté là-bas dans le camp pendant 7 ans, chacun a un cas personnel qui l’empêche de rentrer. L’UNHCR était là avant-hier avec le Croissant Rouge. Pour eux on ne peut rien faire. C’est la bataille qui est entre nous et l’UNHCR depuis 2013. Disons qu’une fois que l’UNHCR a fermé le camp officiellement, ses représentants ne sont plus revenus pour mettre les pieds à Choucha. C’était fini. Ceux qui avaient bénéficié du statut de réfugié et qui étaient restés à Choucha, devaient aller au siège de l’UNHCR pour recevoir l’aide financière à quelques heures du camp, à Zarzis ou à Médenine », continue de m’expliquer le demandeur d’asile ivorien.

 « L’administration tunisienne ne sait que nous faire attendre et nous perdre dans la complexité de son fonctionnement. Mais ils ont des policiers, des soldats et des prisons qui sont efficaces. C’est donc probablement tout ce qu’ils vont avoir à nous proposer. On en a subi déjà plus que les conséquences. Lundi une centaine de militaires et de policiers est venue à 6h du matin pour nous déloger de force de nos abris. Est-ce que c’est une heure pour faire cela alors que beaucoup d’entre nous jeunaient ? Sommes-nous des criminels pour être traités comme cela ? Nous n’avons pas de casiers judiciaires, nous n’avons pas de treillis, nous ne sommes pas des militaires. Pourquoi nous traiter de cette manière ? Où voulez-vous que nous fuyions ? En 30 minutes, après 7 ans de vie sur place ? Qu’est-ce que tu as le temps de prendre ? Les bulldozers ont ensuite détruit le peu qu’il nous restait », précise l’un des demandeurs d’asile nigérians.

 « Les militaires nous ont proposé soit de nous laisser à la frontière libyenne et de nous laisser nous débrouiller seuls, soit de nous amener à Tunis. Ils savent très bien quelle est la situation en Libye, mais ils n’étaient pas là pour discuter avec nous, ils devaient obéir aux ordres et évacuer le camp. »

 « Jusqu’à maintenant les autorités tunisiennes ne nous ont toujours rien dit, on attend juste ce qu’ils vont nous dire », ajoute inquiet un demandeur d’asile ivoirien.

UN TRAITEMENT PROFONDEMENT INHUMAIN ET DEGRADANT

« A chaque fois que l’on rencontre des agents de l’UNHCR et de l’OIM, ils nous disent que ce ne sont pas eux qui sont responsables, que ces organisations sont de grosses machines. Mais il faut arrêter ce discours. Tout représentant d’une organisation doit porter la responsabilité de l’organisation et agir en conséquence. On n’en peut plus de donner nos témoignages à chaque fois et que rien ne change. Pendant 7 ans on a fait cela, maintenant des militaires nous ont déplacé brutalement et nous ne pouvons plus supporter d’être traités comme cela », me confie le demandeur d’asile nigérian.

Il poursuit alors, me demandant avec insistance : « La convention de Genève sur le statut des réfugiés a été écrite après la Seconde guerre mondiale, en 1951, pour les millions de réfugiés européens qui fuyaient la guerre. Pourquoi aujourd’hui n’avons-nous pas le droit au même statut ? Est-ce parce que la couleur de notre peau est noire ? »

 « Nous voulons juste que nos droits soient reconnus, nous n’en pouvons plus d’attendre. La décision qu’ils prendront doit maintenant aller vite, très vite… Nous ne voulons entendre parler que de protection en tant que réfugié et de relocalisation dans un pays occidental. Nous ne voulons pas rester en Tunisie. On n’en peut plus que nos droits humains les plus fondamentaux puissent être bafoués comme ça pendant 7 ans, 10 ans, 15 ans. » me dit le demandeur d’asile ghanéen.

« Il faut qu’on réétudie nos dossiers alors que de nombreuses demandes d’asile ont été bâclées. » En effet, cette information avait déjà été évoquée à plusieurs reprises et notamment dans un rapport du FTDES de 2013. Il dénonçait déjà des procédures expéditives de l’UNHCR, des problèmes de traducteurs partiaux, de refus sans motivation personnalisée et des erreurs dans les noms, les nationalités des demandeurs d’asile[3].

« En 2013, l’administration tunisienne est venue pour prendre nos empruntes et des photos, ils nous ont alors promis des cartes de séjour ; mais ça ne s’est jamais déroulé comme promis. On a donc essayé de travailler en montrant le papier de réfugié que nous avait donné l’UNHCR pour prouver notre identité. Mais les employeurs ne voulaient pas reconnaître le papier et nous embaucher. C’était très difficile franchement. »

A la suite de la fermeture du camp de Choucha, plusieurs réfugiés ont essayé de s’installer dans la ville de Médenine, proche du camp, et ont connu de graves agressions et discriminations racistes mettant leurs vies en péril. Parmi les cas récents de recrudescence d’attaque raciste, 3 ressortissants congolais ont été poignardés[4] le 24 décembre 2016 dans la capitale et un ressortissant ivoirien a également été violemment tabassé et poignardé[5] par 9 Tunisiens le 31 janvier 2017 à Mnhila dans la banlieue de Tunis. Ces faits expliquent pourquoi la majorité de ces personnes considèrent que leurs vies sont menacées en Tunisie.

Ces 36 personnes hébergées de manière temporaire à la Maison des jeunes de La Marsa craignent de connaître dans les jours à venir des arrestations collectives, voire des opérations de déportations, comme ce fut le cas en décembre 2016 à la frontière avec l’Algérie[6].

« Nombreux ont été enfermés dans des centres ou des prisons puis renvoyés à la frontière algérienne dans des zones de combats ou dans le désert. Certains en sont morts. Est-ce que c’est ça le respect des droits humains ? Où est l’humanité ? Comment peut-on avoir perdu autant d’humanité uniquement pour préserver ses intérêts ? Qui peut nous dire vraiment que ce n’est pas une tentative de nous faire perdre goût à la vie, d’essayer de nous forcer à croire que nos vies ne méritent pas d’être vécues et de nous pousser à les abandonner. Mais nous savons très bien ce que valent nos vies, ce n’est pas à d’autres êtres humains d’en juger.  Ils n’arriveront pas à nous faire perdre nos vies autrement qu’en nous tuant directement. Ils n’ont qu’à le faire puisqu’on dirait que c’est ce qu’ils veulent. » m’affirmait un autre Nigérian.

« Ils ne font que nous apposer l’étiquette de « migrants », mais il faut arrêter ça ne représente rien pour les gens. Nous sommes des êtres humains comme vous, avec des vies qui devraient être respectées. « Migrant », n’évoque rien de tout ça. On dit « 5000 migrants » mais on ne lit pas à travers ce mot les familles, les vies que nous portons avec nous. » me dit le demandeur d’asile ghanéen.

« On a survécu uniquement grâce à l’eau ou la nourriture que nous laissaient des voitures de Libyens qui passaient. Plusieurs d’entre nous sont morts. C’est une situation plus qu’inhumaine. C’est pire que des violations des droits humains, que de la torture… Tu ne peux pas l’imaginer tant que tu ne l’as pas vécu. Mais nous n’avons jamais abandonné nos vies, et l’idée qu’elles pourraient être meilleures dans le futur », poursuit l’un des deux Nigérians.

« 7 ans c’est énorme. Ce sont les Libyens qui passaient pour nous donner de l’eau et des vivres. Les Libyens ont beaucoup fait pour nous franchement. Bon avec l’armée tunisienne aussi parfois, mais ce sont surtout les Libyens qui nous ont beaucoup soutenus en donnant de l’eau chaque jour. Si ça n’avait pas été ça, vous auriez entendu parler de morts chaque semaine à Choucha. Surtout à cette période, quand l’été commence, la routine se fait avec les serpents, » témoigne l’un des Ivoiriens.

« Le droit d’asile. 7 ans ce n’est pas 7 jours, 7 semaines. Au début du mois on a même perdu un réfugié qui est mort. Il est mort de maladie, de manque de vivres, il ne mangeait pas… la vie était difficile. Lorsqu’on l’a envoyé à l’hôpital à Ben Guerdane, ils ne se sont même pas bien occupés de lui. En une heure il a rendu l’âme. Nous ne sommes même pas considérés comme des hommes. On va dans la troisième semaine de son décès. C’était un réfugié soudanais. Il était malade, il ne trouvait pas de quoi manger. On a essayé d’avoir de l’aide des associations mais ça ne suffisait pas. C’est MSF seulement qui venait nous voir chaque quinzaine. Ils aidaient ceux qui étaient malades ou pas.  Par exemple, pour cet homme MSF était venu la veille pour voir si ça allait mais le gars est tombé malade le lendemain. On a essayé de voir s’il pouvait être transféré à Médenine. On n’a pas compris ce qui a bien pu se passer, le docteur est venu lui transfuser une poche et il est mort l’heure d’après. On ne comprend pas le manque de considération : c’est de l’injustice ça. On était à Choucha pendant combien d’années ? S’il y avait eu la justice nous ne serions pas restés 7 ans, qu’est-ce qu’on pouvait faire ? »

L’un des deux réfugiés nigérians, assis sur le même lit que moi, m’interpelle alors : « tu acquiesces depuis tout à l’heure mais tu n’as aucune idée de la réalité de ce que nous avons vécu, de la souffrance qu’on ressent. C’est impossible de se rendre compte si on ne l’a pas vécu. Et c’est manquer cruellement d’humanité de pouvoir vouloir que des êtres humains vivent des périodes si dures. Ce n’est pas difficile de savoir ce qui est le mieux pour nous, mais personne ne veut ou décide de le mettre en place. »

APRES 7 ANS, TOUJOURS AUCUNE SOLUTION EN VUE

Si les requêtes nécessitent d’être examinées au cas par cas, la majorité des 36 réfugiés et demandeurs d’asile demandent une réinstallation dans un pays où leur demande d’asile pourra être effectuée en bonne et due forme.

La crainte pour beaucoup de se voir enfermés dans un centre – comme cela leur est déjà arrivé pour certains – est telle qu’ils demandent aux autorités diplomatiques et internationales d’agir le plus rapidement possible.

« Ici, on reçoit aussi la visite quotidienne de MSF et de l’OIM. Le cadre ici est bien, on remercie les organisations et aussi le gouverneur de Tunis parce qu’ils ont fait des efforts pour nous. Notre demande est le droit d’asile et de réinstallation pour tous », conclut l’un des trois réfugiés ivoiriens.

Abstract in English:

« We are not even considered as humans », the testimonies of 36 refugees and asylum seekers abandoned during 4 years in the Tunisian desert

Over the past 4 years, about 36 refugees and asylum seekers lived without humanitarian assistance in the Tunisian desert after being abandoned by the UNHCR, as well as the Tunisian authorities. When the war in Libya erupted, the UNHCR set up, in February 2011, the Choucha camp where it provided shelter to over 20,000 refugees. The camp was shut down in June 2013, and since then the small group of refugees and asylum seekers who remained at the camp lived in a legal limbo, waiting for the authorities to keep their promise of providing them with refugee status and resettlement to a third country. From 2011 to 2013, 3,088 refugees residing in Choucha had been resettled to third countries through UNHCR program.[1] Members of the group that remained in Choucha requested many times[2] the authorities to review their situation and help them find a way to leave Tunisia for a country that provides access to protection status determination procedures. Despite being a signatory to the 1951 Refugee Convention, Tunisia does not have an asylum law and remains without protection status determination procedures.

“Pain, pain and pain… this is all we had for 7 years. We ate pain, we drank pain, and we lived pain. Can you imagine how hard it is to spend 7 years in a camp in the middle of a desert without water, electricity and food? Would you have survived it?” said a Nigerian asylum seeker. “We can’t take it anymore, waiting for them to find solutions. We only ask for a resettlement out of this country. But whatever decision they make, they should make it quickly. Very quickly.” These interviews were carried out in two rooms at the La Marsa Youth Center in Tunis. Two groups of refugees gave their testimonies and listed their main demands in French and English. Among them, there were three Ivorians, two Nigerians, one Liberian and one Ghanaian. “We are fed up with expressing and explaining our situation but never seeing our messages directly wrote down,” warned me a Ghanaian refugee. “Even though our words and speeches sound violent to you, please write them down with our words. Not yours.”

“We didn’t go to Choucha camp on our own. UNHCR buses brought us there, and we had been promised refugee status and resettlement to a Western county. When are they going to act responsibly? Why is so difficult to resettle 35 people to countries with millions of inhabitants? We have been forgotten, anonymized”, claimed a Nigerian asylum seeker.

 “In 2011, UNHCR representatives promised us to find immediate solutions because we were refugees, so we had hope. But then they told us that we had to go back to our country which was not in state of war anymore. But it is impossible. Most of us have personal reasons which prevent us from going back to our countries. Despite this fact, UNHCR didn’t take enough time to seriously consider our cases. We had only 30 to 20 minutes to explain our situations, and they were pressuring us. They had preconceived ideas about our cases. They just wanted to complete the administrative formalities”, continued an Ivorian asylum seeker. “In 2013, Tunisian authorities came to take our fingerprints and promised to grant us residency permits, but we never received them. At the beginning of this month [June 2017], we lost a Sudanese refugee. He died of sickness and lack of food. He didn’t eat anymore. Life was hard. When we brought him to the Ben Guerdane hospital, they didn’t even take care of him. […] We didn’t understand what was happening. A doctor started a transfusion and he died one hour later. We are not even considered as humans,” he concluded.

 

[1] https://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2013-4-page-31.html

[2] https://voiceofchoucha.wordpress.com/page/2/

 

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