Celui-là il faut l’attraper et lui brancher le courant

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Chaque semaine nous publierons un des cinq témoignages de migrants, recueillis dans le centre d’accueil du Croissant Rouge Tunisien à Médenine.

Celui-là il faut l’attraper et lui brancher le courant :

Témoignage recueilli par : Reem Bouarrouj

Création de carte interactive : Valentin Bonnefoy

voir la carte interactive: http://www.animaps.com/pb/454970001/2121/Trajet_Z

Le témoignage a été traduit de la langue du témoin vers le français.

« Je viens du Guinée Conakry. J’ai quitté mon pays en 2015. Au début je suis allé en Gambie, puis ensuite au Sénégal. Un Sénégalais m’a dit que pour arriver en Libye il fallait payer 150 000 CFA (230 €). Quand je suis arrivé à Agadez, le Sénégalais a appelé le Monsieur qu’il connaissait à Agadez pour lui dire que je n’avais pas payé. J’ai dû payer 100 000 CFA (150 €) de plus pour qu’il m’emmène en Libye.

Quand je suis arrivé en Libye le Monsieur d’Agadez a refait la même chose et dit que je n’avais pas payé. Je suis resté en prison un mois. J’ai appelé un ami gambien en Libye et il a payé pour moi 150 dinars libyen (95€). Je suis parti à Sabha. L’ami gambien m’a dit que je devais venir à Tripoli, que j’avais un crédit à lui payer. Quand j’ai vu cet ami, il m’a dit que je devais lui donner 150 000 CFA (230 €) sinon je ne pourrais pas partir. Ma famille a payé. Après j’ai donné 1300 dinars libyen (815 €) pour traverser la mer.

On m’a emmené de Tripoli à Sabratha et là-bas on m’a kidnappé. Dès que je suis arrivé ils ont dit : « celui-là il faut l’attraper et lui brancher le courant », je ne savais pas pourquoi ça tombait sur moi. Après un Libyen est venu nous acheter et nous a emmené à Zaouia. Le monsieur s’appelle Salah. Il nous a dit que pour sortir on devait payer 150 dinars libyen (95 €). Là-bas ils frappent les gens sur les bouts de leurs doigts avec leurs fusils. Beaucoup de personnes ont perdu leurs doigts. Ils attachent les gens par les pieds et leurs mettent une brique ici (il me montre sa nuque) et ils cassent la brique. Beaucoup de personnes sont mortes. Après il nous a emmené dans une prison qui s’appelle « Sourouman ». Une femme a essayé de négocier avec l’Arabe qui s’appelle « Rasta ». Il a pris son fusil et l’a tuée.

Nous avons alors planifié de nous enfuir. On a essayé de se parler antre nous dans notre langue. Mais il y avait des gardiens qui comprenaient notre langue, des Guinéens, des Sénégalais, des Nigérians, des Gambiens… Alors ils ont appelé « Rasta » pour lui dire que nous voulions casser la prison et nous enfuir.  Mes parents ont dû vendre le taureau qu’ils avaient pour me sortir de la prison. J’ai essayé de travailler à Sabratha. Une fois un camion est venu. Ils ont dit qu’ils allaient emmener 8 personnes pour travailler et ils ont voulu m’emmener. Mais j’ai compris que c’était des bandits. J’ai dit ça dans notre langue aux personnes qui se trouvaient avec moi. Certains m’ont cru, d’autres sont partis sur le camion.

J’ai décidé de partir à Zouara parce que c’était plus calme là-bas. Je suis resté 6 mois. Mais à Zouara aussi ils ont commencé maintenant à attraper les gens. Ils m’ont arrêté avec 15 personnes. En prison l’OIM m’a demandé si je voulais rentrer chez moi. Mais moi je ne peux pas revenir dans mon pays. Il n’y a rien là-bas. Il n’y pas de travail, sinon je serais resté pour travailler et m’occuper de ma mère ».

 

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