Communiqué : Le champ pétrolier de Nawara ou l’entêtement vers les énergies fossiles

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A Tunis, le 07 février 2020

Hier, le 06 février 2020, le champ gazier et pétrolier Nawara est entré en service à Tataouine. Le chef du gouvernement sortant Youssef Chahed s’est rendu sur les lieux pour superviser l’entrée en activité de cette entité, qui a coûté 3,5 milliards de dinars à l’Etat.

Comme tous les hydrocarbures, le gaz et le pétrole sont des énergies fossiles qui ont mis des millions d’années à se former. Leur exploitation massive pour la production industrielle et agricole, le transport, la consommation des ménages, et l’ensemble des secteurs productifs est à l’origine de la crise climatique que nous traversons actuellement. De plus, dans une étude de 2015, la Fondation allemande Heinrich-Boll a mis l’accent sur les dangers sanitaires et environnementaux du gaz naturel, qui peut s’infiltrer dans l’eau courante et les nappes phréatiques.

Au moment où le monde, conscient de la gravité des impacts de la surexploitation des énergies fossiles et de leur grand caractère pollueur de l’atmosphère (premier émetteur de gaz à effet de serre), se tourne vers les énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydrique), la Tunisie continue à puiser dans son stock d’hydrocarbures fossiles à l’instar du gaz et du pétrole pour combler ses besoins en énergie.

Pire encore, les opérateurs du secteur pétrolier considèrent que la Tunisie est sous-explorée et que des nouvelles autorisations de recherche devraient être données. Ce constat est émis malgré l’amendement en 2017 du code des hydrocarbures qui exige le vote du parlement pour l’obtention des permis, le seul souci des décideurs politiques étant de ramener à la baisse les importations de gaz et de pétrole. Ils se félicitent de l’entrée en service du champs Nawara, qui réduirait de 20% le déficit énergétique de la Tunisie mais qui d’autre part affecterait davantage l’écosystème du Sud tunisien, déjà fragilisé depuis des décennies par les effets des changements climatiques, notamment la sécheresse et l’avancée du désert.

Dans son intervention, le chef du gouvernement a insisté sur l’importance de la contribution économique de Nawara et de sa contribution dans la réduction du déficit énergétique. Cependant, il n’a pas évoqué les conséquences environnementales et ne consacre que quelques secondes aux aspects sociaux et aux attentes des habitants. Il n’avance que vaguement que le projet a fait des efforts pour les satisfaire. Nawara assure 300 emplois directs sur le site de Tataouine et 120 autres à Gabes, ce qui est loin d’avoir une incidence sur la réduction du phénomène de chômage dans la région. Comme l’a récemment montré les nouvelles manifestations des sit-ineurs d’El Kamour, la région de Tatouine, qui présente des indicateurs sociaux parmi les plus mauvais en Tunisie, notamment le taux de chômage le plus élevé, doit bénéficier d’un réel développement sur le long terme.

Bien que la sécurité énergétique du pays et sa souveraineté sur ses ressources soit essentielle, nous soulignons aujourd’hui que l’exploitation massive des hydrocarbures n’est pas une solution, que ce soit en termes sociaux, environnementaux ou économiques.

Ainsi, le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux :
Dénonce la quête continue de la sécurité énergétique au détriment de la sécurité environnementale ;
Rappelle le besoin urgent de s’adapter aux conséquences du changement climatique, que la Tunisie ressent déjà très fortement et que ce genre de projets ne fait qu’empirer ;
Dénonce la négligence des aspects environnementaux dans les démarches d’octroi des permis d’exploration pour les hydrocarbures, prévient de l’émission arbitraire de ces permis pour les investisseurs étrangers, et appelle à un réel contrôle parlementaire ;
Demande l’application de la convention d’El Kamour, en soutien aux manifestants de Tataouine, et de réels plans de développement pour la région ;
Appelle les décideurs et le nouveau gouvernement à venir à prendre en considération les questions environnementales et le droit des générations futures dans l’élaboration de ses politiques sectorielles ;
Appelle à nouveau les autorités à aborder sérieusement la question de la transition énergétique à travers un plan de déploiement des énergies renouvelables en remplacement des énergies fossiles.

Sources
Communiqué sur la page officielle de la présidence du gouvernement
https://www.facebook.com/Presidencedugouvernementtunisien/videos/608519626380540/

Articles en ligne
Jeuneafrique : Hydrocarbures : un nouveau souffle pour le pétrole tunisien
https://www.jeuneafrique.com/mag/811776/economie/hydrocarbures-un-nouveau-souffle-pour-le-petrole-tunisien/
Heinrich-Boll : Gaz de schiste en Tunisie : Entre mythes et réalités https://tn.boell.org/sites/default/files/gaz_de_schist_final_version_2.pdf

Conventions relatives à l’exploration et l’exploitation de Nawara :
http://catalog.industrie.gov.tn/dataset/convention-jenein-sud

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