LES MACHINES À COUDRE : une exposition

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LES MACHINES À COUDRE : une exposition

 

À l’été de 2018, 9 stagiaires se sont retrouvés à Monastir en Tunisie dans le cadre d’un projet pour l’autonomisation de femmes tunisiennes dans le secteur textile. Cette initiative émane d’une collaboration entre Alternatives à Montréal et Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux [FTDES] à Ksibet El Mediouni, Monastir. Parallèllement au projet de réalisation d’un documentaire, les stagiaires ont photographié plusieurs sujets et ont tissé des liens avec les femmes ouvrières victimes des fermetures d’usines sans préavis. À travers leurs portraits, on vous informe sur la lutte qu’elles ménent au quotidien pour défendre leurs droits économiques et sociaux. Leur combat est une conséquence directe d’une culture de ‘fast fashion’ qui met une pression indue sur les travailleuses pour qu’elles produisent toujours plus en moins de temps et à moindre coût.

Le plaidoyer pour l’autonomisation des femmes ouvrières dans le secteur textile à Monastir est également une plateforme pour discuter de et élaborer sur les politique mondiales et principalement sur les conséquences de la fin de l’Accord de l’OMC sur les textiles et les vêtements.

+ La suppression en 1995 des quotas mentionnés par [l’Arrangement multifibres] et la cessation totale de leur application à partir de 2005 fut l’origine de nombreuses répercussions sur le secteur du textile. La baisse de récurrence quantitative des importations accompagnée par la concurrence des pays rivaux et des grandes sociétés et distributeurs européens qui imposent leurs conditions draconiennes ainsi que leurs nouvelles orientations vers les marchés asiatiques – aux marges de gain plus affriolantes, générées par une main d’oeuvre, bon marché et une pluralité de produits – sont à l’origine d’une perte considérable de part de marché pour les entreprises tunisiennes, moins compétitives, au sein du commerce international. 

 

| Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux [ FTDES ]. Violations des droits économiques et sociaux des femmes travailleuses dans le secteur du textile [Étude de cas: la région de Monastir ]. Étude réalisée par le professeur Mounir Hassine, Président du FTDES – Section Monastir-Ksibet El Mediouni. p. | 4.

 

Cette exposition à été rendue possible grâce aux efforts de |

Thomas Girard-Pelletier, Audreyann Bélanger, Adèle Surprenante, Sandrine Édmée, Luka Caron St-Pierre, Béatrice Daudelin, Ashley Zver-Volel, Jacinthe Brière, Anne-Marie LeBlanc, Alternatives et Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux [FTDES] – section de Monastir.

  

USINE DANS LE SECTEUR TEXTILE À MONASTIR

Été 2018

Ksar-Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Ashley Zver-Volel

Le gouvernorat de Monastir – dans la région du Sahel Tunisien – acceuille la plus grande quantité d’usines textiles au pays. Le textile, qui représente plus du tiers de la main-d’oeuvre du secteur industriel national, emploi des femmes à plus de %80.

+ En dépit de sa regression, le secteur du textile et de la confection continue de jouer un rôle économique et social d’importance puisqu’il constitue le tiers des entreprises industrielles en Tunisie avec 1907 entreprises en 2012, employant 185 000 ouvriers, ce qui équivaut à %35.7 de l’ensemble de la main-d’oeuvre dans le secteur industriel.

| Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux [ FTDES ]. Violations des droits économiques et sociaux des femmes travailleuses dans le secteur du textile [ Étude de cas: la région de Monastir ]. Étude réalisée par le professeur Mounir Hassine, Président du FTDES – Section Monastir-Ksibet El Mediouni. p. | 5

AU SIT-IN DE B.CO.TEX AVEC BESMA

28 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

 

Laissées pour comptes de la transition démocratique qui à suit la révolution de 2011, les ouvrières textiles sans emploi sont un exemple de l’échec du modèle de développement, estime l’économiste et conseiller auprès de l’Union générale tunisienne du travail [UGTT], Abdeljelil Bédoui.

Un modèle qui s’est développé à compter de 2005, des suites de l’abolition de l’Arrangement multifibres qui assuraient « aux pays producteurs du textile de pouvoir sauvegarder un quota de production sans être exposés à la libre-concurrence », affirme Antonio Manganella, directeur d’Avocats Sans Frontières en Tunisie.

+ Arrangement multifibres [AMF] |

 

Accord qui était en vigueur entre 1974 et 1994 et qui portait sur le textile, vêtement en coton, la laine et les fibres synthétiques. Cet instrument prévoyait des règles pour l’imposition de restrictions quantitatives sélectives lorsque des poussées soudaines des importations portaient, ou menaçaient de porter un préjudice grave à la branche de production du pays importateur. L’Arrangement multifibres constituait une dérogation importante aux règles fondamentales du GATT, notamment au principe de la non-discrimination. Le 1er janvier 1995, il a été remplacé par l’Accord de l’OMC [Organisation Mondiale du Commerce] sur les textiles et les vêtements qui met en place un processus transitoire en vue de la suppression définitive de ces contingents.

| Le dico du commerce international. Web.

 

USINE B.CO.TEX APRÈS LA FERMETURE SANS PRÉAVIS

28 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

 

Après avoir travaillé pendant cinq, dix ou trente ans derrière les mêmes machines à coudre, les ouvrières de l’atelier B.Co.Tex. y sont restées jour et nuit durant 8 mois pour protester contre la fermeture sans préavis qui les ont rendu sans emploi.

Dans un pays où la loi prévoit une série d’avantages fiscaux aux investisseurs pour une durée maximale de 5 ans [près de 50% des entreprises ferment avant], il ne s’agit pas d’un cas isolé.

 

LES ENFANTS D’OUVRIÉRES JOUENT

04 juillet 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

 

Dans l’ancien atelier de l’usine B.Co.Tex., aujourd’hui abandonné aux mains des créanciers, deux enfants d’ouvrières textile jouent. Occupée par leurs mères durant huit mois, les locaux désaffectés sont aussi devenus leur lieu de vie.

 

LE HENNA

23 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Thomas Girard-Pelletier

Le Henna consiste à teindre la peau des femmes et des hommes avec des feuilles broyées lors d’occasions spéciales comme les mariages. Même si elles n’ont rien à célébrer, les ex-ouvrières de B.Co.Tex. se font des motifs au henna sur les mains. Les journées sont longues sans travail ni argent.

 

REBEH KHLEÏFI

23 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Thomas Girard-Pelletier

 

Rebeh Khleïfi craint le pire : avec la fermeture de B.Co.Tex. et la perte de son emploi, elle ne peut plus rembourser son crédit à la banque, de qui elle attend les représailles, impuissante. Pour elle comme pour les quelques 157 575 tunisiennes et tunisiens employés par l’industrie textile, la précarité pèse comme une épée de Damoclès.

 

STATION DE TRAIN DU SAHEL: KSIBET EL MEDIOUNI / BENNANE

05 juin 2018

Ksibet el Mediouni / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

 

Ksibet el Mediouni est une petite ville à une dizaine de kilomètres de Monastir, la capitale régionale. Elle accueille les bureaux du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, section de Monastir – organisme qui œuvre entre autres à la reconnaissance et à la mise en pratique des droits des travailleuses et travailleurs de l’industrie textile en Tunisie.

 

BESMA MARZOUK GAALICHE

Été 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

  

« Les travailleuses du secteur textile sont des martyrs vivantes », lance Besma Marzouk en traversant un champ d’oliviers constellé de sacs plastiques et de retailles de tissus à Ksar Hellal, dans le Sahel tunisien. Avec sa voix et son regard franc, rien ne laisse présumer que l’ouvrière dit vrai. Cela fait pourtant six mois qu’elle n’a pas pu acheter l’insuline et les médicaments nécessaires pour traiter son diabète. À mi-chemin entre larmes et désinvolture, elle raconte s’être évanouie trois fois durant la première semaine de juillet: « dans un an je vais mourir, ça y est! »

 

DES MALADIES PROFESSIONNELLES

14 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Thomas Girard-Pelletier

 

«Vous imaginez quand on commence à l’âge de 16 ans ou à 17 ans à travailler, on a quoi après? Alors, on n’a même pas quarante ans et on a déjà vingt ans de carrière, vingt ans d’exposition aux risques physiques et donc le corps perd petit à petit ses ressources physiques. Ce sont des ouvrières qui vont s’étioler avec le temps et qui arrivent très tôt à un état physique qui nécessite l’arrêt du travail. » – Irtyah Merchaoui. Professeure agrégée en médecine du travail et spécialiste en ergonomie. Monastir, Tunisie.

 

LE SIT-IN

04 juillet 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Sandrine Edmée

 

En juillet 2018, sept mois après la perte de leur emploi, les anciennes ouvrières licenciées et leurs familles sont fatiguées et découragées. C’est ce qui les mèneront, le 8 août de la même année, à mettre fin à l’occupation et à rendre les clés de l’usine aux huissiers.

 

DÉNOUEMENT

23 juin 2018

B.Co.Tex

Ksar Hellal / Monastir / Tunisie

Photographe | Thomas Girard-Pelletier

 

Au présent, les ouvrières ont jeté l’éponge et n’espèrent plus voir l’usine rouvrir ses portes, ni même obtenir les indemnités de licenciement prévues par la loi.

source: http://lesmachinesacoudre.strikingly.com/?fbclid=IwAR2yC-zM8v_0CsItBpWbOaqwVyPu614jcVr_BB2WN6nQdxzHaGy2m8Hdgm0

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