Home Actualité [:fr]Gabès : « La petite Tchernobyl de Tunisie » revendique son droit de vivre[:ar]قابس: ” تشيرنوبيل تونس” تطالب بحقها في الحياة[:]

[:fr]Gabès : « La petite Tchernobyl de Tunisie » revendique son droit de vivre[:ar]قابس: ” تشيرنوبيل تونس” تطالب بحقها في الحياة[:]

0
[:fr]Gabès : « La petite Tchernobyl de Tunisie » revendique son droit de vivre[:ar]قابس: ” تشيرنوبيل تونس” تطالب بحقها في الحياة[:]

[:fr]

par Zoé Vernin

Il y a un an, j’arrivais à Gabès à la fin du mois d’août et je m’apprêtais à y retourner plusieurs fois pendant l’année. Beaucoup de témoignages et d’articles parlent d’une « catastrophe », d’un « désastre », d’un « poison », qualifiant même pour certains cette ville côtière du Sud tunisien, de « terre maudite » ou de « rives de la mort ». Personne ne peut rester neutre devant ce qu’il se passe à Gabès, si ce n’est les défendeurs d’un modèle de développement qui se rend aussi implacable que « criminel » pour la population et son environnement.

Devant le Groupe Chimique Tunisien de Gabès (photo de Raphaël Bodin)

A peine entrée en ville la première fois, « je n’ai pas seulement senti la pollution, je l’ai goutée », pour reprendre les mots d’une femme de Gabès que je rencontrerais bien plus tard. Le lendemain, quand je me suis retrouvée devant le Groupe chimique tunisien, sans doute toutes ces sentences lues et entendues se sont bousculées en même temps. Je n’ai pas trouvé beaucoup de mots pour exprimer mon désarroi aux militants qui m’accompagnaient. Je suis restée un moment, décontenancée, à regarder un monstre aux tentacules fumantes, déverser ses boues noires dans la mer, à une centaine de mètres des premières habitations.

Les sinistres dilemmes que ces injustices environnementales mettent en lumière ou engendrent à Gabès ont des explications, bien que compréhensibles, difficilement acceptables.

Les témoignages et les actes de résistance sont néanmoins porteurs d’une partie de la vérité et de la solution. Aujourd’hui beaucoup se soulèvent contre la destruction d’un patrimoine écologique inestimable et nourricier et contre la dégradation de la santé des populations à qui on n’accorde ni le droit de savoir ni les moyens de se soigner.

« Un paradis sur terre » sacrifié sur l’autel du développement

Entre l’oasis et la mer, Gabès, avant l’arrivée du complexe chimique

L’oasis de Gabès : une création de l’homme qui aujourd’hui la condamne lentement

L’oasis est « un écosystème créé par l’homme autour d’un point d’eau dans le désert, entretenu par un système de gestion technique et sociale des ressources en eau » m’explique Amin, agronome au sein de l’Association de Sauvegarde de l’Oasis de Chenini (ASOC)[1]. Gabès est la seule oasis littorale au monde, ce qui lui vaut d’être reconnue par l’UNESCO comme un patrimoine naturel d’une valeur universelle[2]. Dans le passé, ses ressources en eau et sa biodiversité étaient en effet exceptionnelles. Les palmiers dattiers créent en effet un climat propice aux arbres fruitiers et les cultures maraichères qu’ils abritent. Organisée en étage, l’oasis nourrit et fait prospérer Gabès, connu notamment pour ses dates, ses grenades et son henné. A l’époque, on y vit, on en vit, et on peut même se baigner dans ses retenues d’eau (bassins, petits barrages, canaux).

Les gabésiens que j’ai rencontré témoignent d’un attachement déchirant à ce « paradis ». C’est d’abord celui de leurs familles qui, à Gabès, disposaient presque chacune d’une parcelle de ce jardin d’Eden. Abdallah, qui a grandi à Gabès dans les années 1940, me raconte « une enfance paisible », ici dans la partie de l’oasis de Chott Essalem où « tous les habitants vivaient en harmonie de la pêche et de l’agriculture »[3]. Aujourd’hui, les plus jeunes tentent d’imaginer ce dont les anciennes générations se souviennent. Le sentiment d’appartenance à l’oasis continue de se transmettre d’une génération à l’autre, et aujourd’hui, beaucoup tentent de sauver ce patrimoine sans pareil.

De gauche à droite : Ali, Nejib et son fils Mohamed, et Amin, qui oeuvrent à la conservation de l’oasis de Chenini (Gabès)

Par exemple, Amin (à droite) a toujours vécu à l’oasis de Chenini, et travaille maintenant pour l’ASOC. Il me fait visiter le jardin de la biodiversité dont il s’occupe et qui a vocation à conserver de nombreuses espèces locales. Aujourd’hui, elles disparaissent « à cause des dégradations environnementales et de l’invasion des semences de marchés internationaux » me dit-il[4]. Nejib (au milieu) a fait aussi de son terrain un musée qu’il continue de cultiver pendant sa retraite et qu’il espère pouvoir un jour confier à Mohamed, son fils. Enfin il y a Ali, qui s’occupe d’une parcelle consacrée uniquement à la reproduction de semences locales (à gauche).

 

L’homme qui a créé l’oasis il y a des siècles, l’a détruit en quelques décennies seulement. L’industrie chimique a tari les sources d’eau de l’oasis.

« Ras El Oued », soit littéralement « la tête de l’oued », est aujourd’hui asséchée

Dans le film documentaire « Gabes Labess » (« Tout va bien à Gabès ») de Habib Ayeb[5], la parole est donnée aux petits paysans de l’oasis. Ils témoignent de la disparition totale de l’eau depuis le début des années 1980. Elle se pompe désormais en petite quantité et se paie très cher alors qu’elle coulait « en abondance et restait quasiment gratuite » avant l’arrivée du Groupe Chimique Tunisien (GCT). Les pollutions de l’eau et de l’air ont aussi des impacts terribles sur les récoltes, et parfois empoisonnent les animaux qu’on élève aussi dans l’oasis. Bien que beaucoup « ne vendraient leur terre pour rien au monde », certains y ont été contraints car il est devenu difficile d’en vivre, et les enfants désertent peu à peu l’oasis. L’urbanisation souvent anarchique grignote depuis peu à peu l’oasis.

 

Le golfe de Gabès : une pépinière marine devenue cimetière

Le golfe de Gabès a longtemps été reconnu comme la plus grande réserve de poissons et coquillages de Tunisie. Son large plateau continental, la forte amplitude de ses marées et surtout l’existence d’une incroyable diversité biologique, font du Golfe de Gabès une pépinière marine exceptionnelle en Méditerranée.

Aujourd’hui sur la plage de Gabès, la mer recrache tragiquement des tortues marines et des poissons morts. Le golfe est considéré comme un des plus inquiétants « hot spot » (point chaud) de la Méditerranée en termes de pollution.

Selon SOS Environnement Gabès, une page qui documente les impacts de la pollution[6], le nombre d’espèces marines serait passé de 250 en 1965, à seulement 50 aujourd’hui.

Contraints d’aller toujours plus loin au large pour travailler, les pêcheurs manifestent ainsi souvent pour dénoncer la disparition progressive de toutes ces ressources qui nourrissaient et faisaient aussi vivre Gabès.

« Un des plus beaux endroits de la terre » a été ainsi voué à devenir une des plus grandes zones industrielles de transformation chimique en Tunisie, accueillant des sociétés pétrolières et des cimenteries, et notamment le site le plus important de la production d’engrais et d’acide phosphorique du Groupe Chimique Tunisien.

 

« C’est comme une guerre »

« Gabès by night », ou Gabès de nuit, une photo tristement connue sur les réseaux sociaux

C’est en 1972 que Gabès s’ouvre « au développement ». Au départ, c’est une usine qui transforme le phosphate en acide phosphorique, et qui pour cela se dote d’une unité de production d’acide sulfurique. Aujourd’hui ce site produit toujours 57% de la production nationale d’acide phosphorique, un acide utilisé contre l’oxydation dans les laboratoires ou dans les industries métalliques, mais pouvant aussi être ajouté dans la fabrication de sodas, d’engrais ou même de détergents. Jusqu’en 1985, le complexe se développe et s’installent alors une usine de di-ammonium phosphates (DAP, principalement utilisé comme engrais) et une usine d’ammonitrate (également un engrais). Toutes ces sociétés sont publiques et rattachées au Groupe chimique tunisien qui dans le bassin minier extrait et lave aussi le phosphate puis l’achemine ensuite jusqu’aux unités de transformation, voraces en eau, de Gabès mais également de Mdhilla, de Sfax et de Skhira.

A Gabès, on respire depuis maintenant quarante-cinq ans de l’ammoniac, du dioxyde de souffre, du dioxyde d’azote, du fluorure et du sulfure d’hydrogène, et bien d’autres polluants. Et si des décrets encadrent le contrôle et le suivi des émissions[7], un rapport du PNUE reconnait qu’en la matière, « considérant l’importance de l’activité du GCT […], les unités industrielles du GCT ont bénéficiés d’un statut particulier auprès des autorités publiques » chargées de le surveiller[8]. C’est de plus, « à l’exploitant d’équiper les points de mesure et de prélèvement des échantillons », ce qui, selon le même rapport, conduit finalement « le GCT à exercer son propre auto-contrôle ». Les crimes se perpétuent aussi par les abus relatifs à sa « gestion » des déchets rejetés : ce sont les phosphogypses, produits à hauteur de 5 tonnes pour une seule tonne d’acide phosphorique. A Gabès, on produit ainsi 5 fois plus de déchets que de produits exportés. Les quantités sont vertigineuses : c’est 4 590 000 de tonnes de phosphogypses par an si on se réfère aux 900 000 tonnes d’acide phosphorique produites en moyenne annuellement, multiplié par 45 années…

Ainsi, 42 000 m3 de boues gypseuses (mélange d’eau et de phosphogypse) sont déversés dans la mer sans traitement chaque jour dans le Golfe de Gabès, tapissant ainsi ses plages et ses fonds marins. En Tunisie, le phosphogypse est considéré comme un déchet dangereux par la législation tunisienne,[9] en raison de la présence de métaux lourds et de matières radioactives dont la liste est longue : strontium, cadmium, plomb, nickel, radium, uranium, etc.[10]

Le GCT ne s’est pas plus acquitté de la règlementation particulière relative à la gestion des déchets dangereux comme l’indique toujours le même rapport et comme il est possible de le constater par les torrents noirs qu’il déverse dans la mer. Si on se réfère aux mesures réalisées par SOS Environnement Gabès, les taux de radioactivité sur les plages de Gabès seraient de 3 à 4 fois supérieurs à la dose maximum retenue par la commission internationale de protection nucléaire.

Une marginalisation environnementale

« Gabès est la petite Tchernobyl de la Tunisie » pour Nader qui vit à quelques centaines de mètre du Groupe chimique, dans le quartier de Chott Salem. « C’est comme une guerre. Ce n’est pas un hasard qu’ils aient choisi Gabès pour implanter le GCT. Gabès étant une zone touristique par nature, ils ont décidé de le détruire pour que d’autre apparaissent plus favorable ».[11] Abdallah lui, se souvient qu’à l’époque « les gens n’avaient pas forcément conscience des risques que l’on prenait pour l’environnement, et ils se sont réjouis de l’arrivée d’une nouvelle source d’emplois ».

Après le 14 janvier 2011, la section locale de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) a saisi le processus de justice transitionnelle pour faire reconnaître « Gabès, une région victime de la pollution ». Le dossier déposé en 2016 à l’Instance Vérité et Dignité (IVD) vise à démontrer une marginalisation organisée sur le plan environnemental. Les preuves se concentrent sur les impacts du Groupe chimique tunisien, et ont vocation à non seulement « dévoiler la vérité », mais aussi à faire reconnaître et réparer les préjudices subis par Gabès. Actuellement, ce dossier est toujours en cours de traitement.

« Ici, le cancer s’attrape comme la grippe »

*Témoignage de Sarah, une jeune fille qui habite à Bouchema.

« Ce corps est de Gabès » : le 17 avril 2017 lors de la visite d’une

caravane de solidarité internationale, les photos d’une enfant de Chott Essalem (Gabès) souffrant de graves malformations, sont exposées comme les conséquences directes de la pollution, « le résultat de leur développement ».

 

Longtemps un tabou, les problèmes de santé s’expriment au quotidien mais ne trouvent ni reconnaissance, ni remède.

A Gabès, la maladie « rare » semble devenir « commune » et la mort prématurée ne parait plus arrivée comme « par accident » dans les témoignages d’habitants gabésiens. Parmi ces personnes qui portent les pathologies et les deuils, il y a Rachid et la famille Aji.

Rachid a travaillé 39 ans dans l’Industrie Chimique de Fluor, une société crée par l’Etat Tunisien en 1971 (puis privatisée en 1992) à côté du Groupe chimique tunisien. Il était « un agent technique qui intervenait sur toutes les machines de la société », société spécialisée dans la production et la commercialisation du fluorure d’aluminium. Il raconte :

« Dès 1991, j’ai commencé à ressentir des douleurs aux articulations, j’ai fait de nombreuses radios et j’ai consulté beaucoup des médecins qui jusqu’en 2011, me disaient tous « tu n’as rien, ce ne sont que des rhumatismes ! ». Avant, il était interdit de parler. L’impact de la pollution sur la santé était un tabou. Aujourd’hui, je peux dire que je suis atteint de la fluorose, qui était déjà une maladie professionnelle reconnue à l’échelle internationale, mais qui l’est réellement devenue en Tunisie que depuis 2011 ».

Après le 14 janvier, il décide alors de « mener son combat » au tribunal et à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. Le tribunal a reconnu en 2011 sa maladie et la responsabilité de la société qui l’a exposé à des matières toxiques sans l’avoir prévenu des risques et sans l’avoir un minimum protégé. A cause de la fluorose, Rachid a perdu 40% de ses capacités physiques. « Il n’existe aucun traitement pour guérir ou atténuer la fragilisation osseuse et la calcification des ligaments, je ne peux prétendre qu’à des anti-inflammatoires ». Sa profession dans une usine chimique de fluor, et la classification légale de la fluorose comme maladie professionnelle, lui a ainsi donner une base légale manifeste pour réclamer ces droits (et notamment des dédommagements). D’autres travailleurs de la société l’auraient depuis contacté pour envisager des démarches similaires. Seulement, à Gabès (et dans d’autres régions de la Tunisie), l’exposition professionnelle n’est pas la seule source d’intoxication chronique par le fluor. En effet, les rejets notamment industriels en contiennent – c’est le cas du phosphogypse – et contaminent les sols, les nappes et les eaux de surface, exposant ainsi plus largement les populations. Reste à savoir si cette exposition « différée », dispose des mêmes considérations légales et des mêmes possibilités de recours judiciaires…

Car s’il a été démontré que le régime de Ben Ali empêchait systématiquement les scientifiques d’engager toute étude épidémiologique et les médecins de se prononcer à ce sujet, la parole s’est libérée depuis la chute de son régime. Mais pour autant, est-on aujourd’hui davantage entendu ?

La famille Aji vit dans un quartier de Bouchema, une petite ville à 3km de Gabès, derrière le Groupe chimique. Leur fils Nisar est décédé l’année dernière, il avait 47 ans. En larmes, ses parents se souviennent de sa dernière année, particulièrement douloureuse : l’état de ses poumons et de son foie s’est brutalement aggravé. « Les médecins consultés lui disaient que c’était à cause de la pollution, mais ils n’ont jamais donné de certificat pour prouver ce lien » m’explique sa mère.[12] La famille Aji se rappelle que les premiers symptômes de Nisar étaient apparus en 1994 alors qu’il travaillait dans l’unité de production d’acide sulfurique du GCT.

Allongée sur le lit, la sœur de Nisar, Insaf ne dit pas grand-chose, elle ne fait que tousser. Elle respire difficilement l’oxygène d’un appareil branché qui inquiète sa famille, redoutant les pannes ou les coupures d’électricité. Ces problèmes respiratoires ont commencé en 2015 quand « elle est tombée dans la maison à cause d’une asphyxie » m’explique sa mère :

« Aujourd’hui ses poumons sont complètement asséchés et les médecins nous ont conseillé de l’emmener loin de Gabès, mais nous n’avons pas les moyens de déménager ».

Insaf a reçu la visite du délégué de Bouchema (représentant de l’Etat sur un territoire intermédiaire entre la municipalité et le gouvernorat) qui avait promis de trouver une solution. Par la suite, « les médias sont venus mais ils n’ont pas publié leur reportage », et un représentant du ministère de la santé a également fait le déplacement, mais n’a pas non plus donné signe depuis. « Pourtant l’état de santé d’Insaf nécessite une transplantation pulmonaire de toute urgence » souligne sa famille qui vit avec le sentiment d’être laissée, une seconde fois, à son propre sort.

 

« La science n’a pas démontré le lien direct entre les pollutions et les maladies, mais ça ne veut pas dire qu’il n’en existe pas »

*Moncef, étudiant en médecine et membre de l’association des médecins tunisiens humanistes

« Les habitants tiennent la pollution responsable de tous leurs maux, et des personnes malades à Gabès, il y en a beaucoup » témoigne Moncef et Marwen,[13] de l’association des médecins tunisiens humanistes, une association d’étudiants en médecine qui mène des actions de sensibilisation sur Gabès depuis 2012. « Pas encore praticiens », ils s’intéressent beaucoup aux conditions de santé des habitants de Gabès et notamment aux liens entre les maladies et les pollutions. A ce propos, ils disent manquer de moyens (laboratoires, etc.) et d’arguments scientifiques (études, etc.) qui pourraient les accréditer. Marwen a fait des recherches sur l’ostéoporose en coopération avec un institut suisse, car beaucoup de gabésiens en souffrent et ici tout le monde s’accorde à imputer aux pollutions cette maladie qui fragilise gravement les os. Il se souvient des réactions des personnes venues assister à la rencontre publique qu’il avait organisé pour présenter cette « réalité scientifique », soit « l’absence d’étude dans le monde qui prouve un quelconque lien entre l’ostéroporose et les pollutions ». « J’ai bien senti que ce n’était pas ce que les gens voulaient entendre » conclut Marwen d’un ton grave. Pour Moncef, il faudrait d’abord commencer par évaluer le nombre de cas d’ostéoporose à Gabès mais « cela reste compliqué car il faudrait faire passer un examen spécialisé à un grand échantillon de personne, or c’est très cher et il n’y a pas le matériel nécessaire à l’hôpital public de Gabès ».

 

Le combat pour l’ouverture d’un hôpital universitaire …

Les états de détresse cristallisent depuis de nombreuses années le combat régional pour l’ouverture d’une faculté de médecine à Gabes, et la transformation de l’hôpital public, en hôpital universitaire. Abdallah[14] milite pour cela depuis plus de 20 ans. Les obstacles n’ont pas manqué jusqu’à ce jour, car beaucoup de gens selon lui, « notamment les médecins, ont intérêt à bloquer un projet qui donnerait de la valeur à l’hôpital public au détriment des cliniques privées ». Même après 2011, il s’est vu refuser l’autorisation de créer une association de soutien à ce projet. Pour lui, en lui refusant « même l’autorisation d’exister, ils veulent nous fatiguer ». Toutefois, les soutiens ne manquent pas auprès de la population : une manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes en 2013 selon Abdallah et « un conseil ministériel a cette même année fini par conclure que Gabès méritait d’avoir une faculté de médecine ». Moncef, actuellement en stage au service des urgences de Gabès espère lui aussi ce « changement ». En effet, l’état actuel de l’hôpital de Gabès pousse beaucoup de gabésiens à se rendre à Sfax (140km) voire à Tunis (400km) pour consulter des professeurs et des spécialistes, ou pour accéder à des centres d’analyses et des offres de soins indisponibles près de chez eux. Au-delà de la difficulté des personnes malades d’accéder à des soins adéquats, cette situation conduit à une dispersion des données, et en cela compromet les possibilités d’une étude épidémiologique à un niveau régional. En effet, l’origine des patients n’est pas systématiquement enregistrée dans l’ensemble des hôpitaux régionaux, quand, en plus, le registre

national présenterait de nombreu

x dysfonctionnements. Par ailleurs, pour Moncef et Marwen, certaines données restent inaccessibles dû à « un encadrement lé

gal très restrictif du secret médical ».

 

« Stop killing gabesien people » parmi les slogans de la marche populaire de 2013

… et la transparence des données sur la pollution

D’après Moncef, « pour arriver à faire le lien avec des pathologies, il faudrait également arriver à démontrer les taux de concentration des polluants dans l’air, et pour cela développer des unités de recherche ».

Dans le temps, Ben Ali avait installé en centre-ville, « boulevard de l’environnement », un panneau de mesure de la pollution « en temps réel » : les taux de dioxyde de souffre, d’oxyde d’azote et d’ammoniac ne dépassaient étrangement jamais les seuils autorisés.[15] En 2017, de « fortes suspicions » existent toujours vis-à-vis des mesures réalisées par le Groupe chimique tunisien qui les délivre à l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE). Cette agence a été interpellée dernièrement à la suite de la publication de la liste des villes mondiales les plus polluées en 2016 que l’Organisation Mondiale de la Santé réalise sur les données renseignées par les Etats. Parmi les 4 villes tunisiennes retenues, Gabès n’y figurait pas ! Reconnues « erronées », les données devraient être normalement rectifiées par l’ANPE, et Gabès et Gafsa devraient trouver finalement leur place dans la liste de l’OMS avant les centres industriels de Tunis, Bizerte et Sfax[16].

A ce propos, l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE) devrait être prochainement amenée à mettre en œuvre le projet euroméditerranéen Gouv’airnance « visant à créer un système pérenne de suivi de la qualité de l’air » dans le gouvernorat de Gabès. L’association Air PACA[17] (France) sera notamment chargée « d’aider l’ANPE à apporter un diagnostic en trois volets aux acteurs de Gabès : avec la mise à jour de l’inventaire des polluants prégnants dans la région, deux campagnes de mesures de terrain et la mise en place d’outils de modélisation des pollutions ». A suivre donc…

En attendant, des initiatives d’épidémiologie populaire

La société civile tente de répondre à l’absence de sensibilisation, de donnée et d’enquête publique. C’est notamment ce qu’a essayé de faire l’association de Nader, l’association de protection de l’oasis Chatt Sidi Abdel Salem(APOCSG).[18] Dans « Gabès, histoire d’un génocide »,[19] l’association a notamment listé les différents polluants et matières radioactives présents à Gabès et a indiqué pour chacun les impacts potentiels sur l’humain et sur l’environnement. La liste des risques pour la santé est longue, et se vérifie à Chott Essalem selon l’association qui donne l’alerte. Sur la base d’observations et notamment d’une étude statistique qu’elle a menée en effectuant du porte à porte auprès de cent familles, « il existe un niveau inhabituel de maladies chroniques et mortelles directement liées à la pollution comme les cancers, l’infertilité, les fausses couches, les maladies respiratoires et cutanées, les handicaps moteurs et mentaux de naissance, etc. ».

Si une enquête était menée à une plus grande échelle, les statistiques seraient-elles supérieures aux moyennes nationales ? Pour l’instant, ce ne sont que des certitudes basées sur des observations partagées. Une seule étude en santé environnementale est conduite depuis 2016 par Expertise France dans le cadre du Programme de gouvernance environnementale (PGE).[20] La méthodologie – notamment la forme et le degré de participation des habitants et des travailleurs – tout comme les résultats, ne sont pas encore renseignés.

L’information est le nerf de la guerre : comment réellement prendre conscience de l’ampleur des agonies lentes et silencieuses pour continuer de mobiliser, exiger la reconnaissance de toutes ces injustices et exhorter au changement ? Comment tenir responsable de crimes et revendiquer « le droit à un environnement sain », quand la nocuité de son environnement ne peut être « démontrée » ? On ne peut reprocher à certains témoignages, après tant d’années, d’accuser une sorte de fatalité…

« Les gens veulent se débarrasser du Groupe chimique avec la même force qu’ils veulent y travailler »

*Abdeljahbar, syndicaliste de la section régionale de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT)

« Un dilemme digne d’une tragédie »

Pour Abdeljahbar[21], syndicaliste élu au sein de la section régionale de l’UGTT, vivre à Gabès « c’est comme une tragédie, le choix imposé nous pousse à sacrifier une cause qui n’est pas mauvaise dans l’absolu », pour faire référence au « dilemme » qui renvoie dos à dos l’environnement et la santé d’un côté, et de l’autre l’emploi. Les agriculteurs de l’oasis se désespéraient d’ailleurs de voir souvent leurs enfants partir travailler chez le premier employeur de la région. Le Groupe Chimique Tunisien à Gabès, c’est en effet 4000 emplois directs, quelques centaines d’emplois dans les services de sous-traitance, et des personnes rémunérées par les « sociétés de l’environnement » que le GCT finance et qui sont censées « compenser » les impacts écologiques et « soulager » le niveau de chômage.

« Le secteur « industrie chimique » est le plus grand secteur de l’UGTT de Gabès en termes de travailleurs syndiqués » poursuit Abdeljahbar, qui me précise que « les secteurs de la pêche et de l’agriculture sont eux, du ressort du syndicat de l’UTAP, l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche ». Il faut dire que les rémunérations sont plus décentes qu’ailleurs et les avantages nombreux (le GCT offre notamment un mouton à chaque salarié pour l’aïd, des fournitures scolaires pour la rentrée, propose des locations pour les vacances, etc.).

A Gabès, il n’y a pas vraiment eu de luttes syndicales pour l’amélioration des conditions de sécurité et de santé dans le secteur de l’industrie chimique. « Ces problématiques sont très récentes » m’explique Abdeljahbar. Pourtant, en première ligne de l’exposition aux pollutions, l’ensemble de la zone industrielle compte aussi ses malades et ses morts. Fin octobre 2016, Abdelkader Zidi, un agent de la Société Tunisien de l’Electricité et du Gaz (STEG) opérant dans la zone, meurt suite à une fuite de gaz toxique près de l’usine d’ammonitrate. L’UGTT de Gabès lui rend hommage dans ses locaux en présence de la famille du défunt qui accuse notamment l’Etat de ne pas les considérer « comme des êtres humains ».

A gauche, le rassemblement à l’UGTT en l’hommage d’Abdelkader Zidi, à gauche, sa photo et le message qui ont été diffusés sur les réseaux sociaux et notamment portés jusqu’à la COP 22 par la mouvement Stop pollution et l’Odyssée des Alternatives Ibn Battûta[22].

Le dossier d’Abdelkader Zidi a été transféré depuis peu au tribunal à la suite des conclusions du médecin légiste qui a attesté « d’un encombrement des bronches par une grande quantité de muqueuse ». « C’est bien le signe d’un suffoquement » me précise Abdeljahbar qui continue de suivre les démarches de la famille Zidi. La STEG a d’ailleurs engagé des avocats pour la défendre face à l’usine responsable de la fuite, ce qui ressemble à un pas encourageant de plus dans la lutte contre l’impunité des usines chimique de Gabès.

La section de l’UGTT de Gabès se porte ainsi ponctuellement en soutien des actions portées par le mouvement local, Stop Pollution. Abdeljahbar l’explique par la confiance établie entre le syndicat et le mouvement, mais surtout par la responsabilité historique et sociale de l’UGTT en Tunisie depuis 1946 :

« L’UGTT défend en premier lieu des ouvriers qui ont besoin d’une stabilité de travail et donc une stabilité de l’entreprise. Et en même temps les syndicalistes de l’UGTT ont toujours eu à cœur de défendre d’autres catégories sociales, en essayant de concilier des intérêts contradictoires. On voit la situation dans sa globalité, ses contradictions, ses conflits. L’UGTT tente souvent de défendre plusieurs causes en les approchant par divers angles, mais cela peut arriver parfois que l’on ne soutienne pas un mouvement quand on est incertain de la compatibilité de son agenda avec nos intérêts ».

« L’équation du productivisme inconscient doit changer »

Pour Abdeljahbar, le blocage du groupe chimique n’est ni raisonnable ni utile. Par contre, une nouvelle équation de la production inscrite dans une vision stratégique sur plusieurs années, oui.

« Le groupe chimique nous enseigne que l’équation de la production actuelle doit être repensée : elle doit compter le coût des dépenses en matière de santé et d’eau disponible, mais elle doit aussi calculer ce qu’on a perdu en matière d’agriculture, de tourisme, de pêche ». Le calcul peut se faire rapidement, « le productivisme nous a mené à une perte sèche. Ce modèle de développement doit être abandonné par étape et sur la base d’une vision nouvelle et commune d’un développement durable et équitable ».

Si Abdeljahbar déplore que « cette vision est pour l’instant absente à Gabès », certaines actions et discours semblent œuvrer à la préparer. Parmi ces initiatives, le 11 décembre 2016, la LTDH et l’UGTT de Gabès se sont rassemblés en mettant l’environnement à l’honneur de la journée des droits de l’homme. A cette occasion, Abdeljahbar avait ainsi démontré que l’ensemble des premières générations des droits de l’homme (le droit à la vie, les libertés individuelles et politiques, les droits économiques et sociaux) ne pouvaient garantir la dignité des hommes et des femmes s’ils ne vivaient pas dans un environnement sain. « Pour moi ces générations de droits sont des variantes toutes fondamentales du droit à la vie », conclut-il.

 

Le mouvement Stop pollution : « la pollution n’est pas notre destin »

 

« N7eb N3ich » brise le silence

La première fois que j’ai eu un rendez-vous avec « Stop pollution », ils sont venus à quatre : Jouda, Khayreddine, Mohamed et Ahmed[23].

Plus tard dans l’année, je rencontrerais aussi Haifa, Maryam, Khaoula, Nader, Raouf, Hamza, Zied, Khaled et bien d’autres activistes du mouvement. Ce qui les réunit est « leur lutte contre les crimes environnementaux commis par la zone industrielle de Gabès », et « la défense du droit à un environnement sain ».

La première fois donc, j’arrive dans ce café du centre-ville de Gabès, et c’est assez rare que plusieurs personnes d’un même collectif – jeunes qui plus est – répondent présents à une proposition de première rencontre. Pas de président ni de coordinateur principal. A l’image – idéale – d’un mouvement, la parole est libre, se passe volontiers et se complète, sans convention.

Ils sont revenus sur la création de leur mouvement en mai 2012, un an après le 14 janvier 2011 « qui avait signifié pour beaucoup de gabésiens l’arrêt de la pollution ».

Le 5 juin 2012 pour la journée mondiale de l’environnement, Gabès est sorti dans la rue se faire entendre d’une seule voix : « N7eb N3ich » – je veux vivre !

La marche s’est terminée ainsi par un sit-in sur la plage et un forum citoyen. C’était le premier rassemblement contre la pollution à Gabès. Renouvelée chaque année, la marche du 5 juin est devenue depuis une tradition.

Les membres de Stop Pollution ont toujours tenu à former « un collectif d’activistes plutôt qu’une coalition d’associations afin de rester un mouvement citoyen le plus ouvert et le plus horizontal possible ». Organiser des manifestations de rue, des forums citoyens et des campagnes de sensibilisation sont leurs moyens de « faire pression sur les décideurs pour qu’un changement radical soit opéré ».

Une des premières actions du mouvement fut un sit-in le 18 mai 2013 devant le théâtre municipal de Tunis pour interpeller la capitale. Cette même année-là, la marche annuelle à Gabès réunit plus de 4000 personnes.

A gauche, le sit-in à Tunis en mai 2013 et à droite, la marche du 5 juin.

En 2015, le mouvement Stop Pollution participe au Forum Social Mondial à Tunis, et reconduit l’organisation de la marche et du forum le 5 juin, cette fois-ci devant la zone industrielle. Afin de diversifier les moyens de sensibilisation et de mobilisation, le mouvement commence à intégrer dans ces temps forts, des manifestations culturelles.

Les actions du 5 juin 2015 : une marche, un forum et des performances artistiques

2016 : Une recherche de soutien sur le plan national et international

En août 2016, le mouvement Stop Pollution avaient quatre années d’actions de sensibilisation et de mobilisation derrière lui. Il a gagné beaucoup de soutien populaire à Gabès et de membres actifs dans le collectif (voir la photo ci-dessous). C’est pourquoi, ils décident cette année-là de consacrer le 5 et 6 juin à la tenue d’un Forum plus restreint ayant vocation à former les activistes et repenser leur stratégie.

Les membres de Stop Pollution lors du Forum du 5 et 6 juin 2016, soutenu par la Fondation allemande Heinrich Böll

Les quatre activistes m’évoquent notamment un de leurs ateliers animé par une avocate pour interroger le droit : « C’est impossible de recourir aux cours internationales, car il faut tout d’abord passer par les cours tunisiennes. Or les juges en Tunisie ne sont pas spécialisés en droit de l’environnement et ils exigent des chiffres approuvés pas des organisations « légales », mais qui sont souvent difficiles d’accès ». [24] Pourtant, et pour ne citer qu’une seule convention internationale, un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement considère en 2012 « les rejets actuels du phosphogypse dans le golfe de Gabès non conformes aux exigences de la Convention de Barcelone, et notamment de son protocole « Pollutions d’origine tellurique ». De nombreux autres constats mèneront le collectif, à l’issue de ces deux jours, à conclure leur communiqué sur « leur détermination à s’ouvrir à des alliances » au niveau national et international afin de défendre la situation de Gabès.

Un an plus tard, et après avoir suivi et participé à de nombreux évènements de Stop pollution, le constat est clair : « la stratégie a été bien suivie » selon Khayreddine[25].

A l’occasion de l’Odyssée des Alternatives Ibn Battûta, le mouvement a organisé un forum de l’environnement fin octobre 2016 à Gabès pour accueillir des activistes tunisiens et étrangers. En escale en Tunisie, une flottille de bateaux était partie des rives nord de la Méditerranée, et s’apprêtait à repartir ensuite pour l’Algérie et le Maroc afin assister à la COP22.

Certains membres du mouvement Stop pollution ont d’ailleurs embarqué et sont allés participer aux activités de l’espace auto-généré à Marrakech pour rencontrer et échanger avec des mouvements et associations venus du monde entier.

Pour Khayreddine, un des représentants du mouvement à Marrakech, « cela a permis de parler beaucoup de Gabès et de vraiment expliquer les impacts de la pollution sur les populations et l’environnement. Les gens ont été touchés. Gabès est cité d’ailleurs dans la Déclaration finale des mouvements sociaux aux cotés de « ceux qui sont en première ligne de la lutte contre l’extractivisme, à Imider, à Gabès, à Aïn Salah, à Standing Rock, et à Notre-Dame-des-Landes ». Par la suite, « il faudra passer à l’action qui concrétisera ce soutien et organisera cette mobilisation internationale autour de Gabès ».

Enfin, au niveau national, Khayreddine évoque la participation du mouvement à la création d’une Coalition tunisienne pour une justice environnementale en avril à Gabès, formée par diverses associations. Il revient aussi sur le Congrès national des mouvements sociaux en mars qui a été l’occasion « de rencontrer, et de réfléchir à une solidarité entre mouvements qui existent comme nous dans d’autres régions en Tunisie »[26]. La coordination entre mouvements socio-environnementaux qui a été formée à cette occasion doit permettre selon lui, « d’aider les militants de terrain dans leur lutte au quotidien, et de permettre que leurs causes communes soient davantage entendues et avancent en Tunisie ». Cette réunion des mouvements a enfin également permis « de faire des liens avec d’autres luttes en Tunisie », car « il n’y pas un mouvement qui peut tout seul changer ce système qui ne respectent ni le droit de vivre, ni la dignité ». Cette conclusion renvoie, finalement aussi, à l’actualité des mouvements survenus pendant l’année 2017 à Gabès, et qui ont été soutenus par le mouvement Stop Pollution.

 

En 2017, la résistance au pluriel à Gabès

Revenir sur trois mouvements apparus cette année dans le gouvernorat de Gabès, nous permet d’appréhender différentes manières de vivre la pollution et de se mobiliser. Cela nous permet également d’introduire deux questions : celle des solutions avancées par les autorités (et celles qui sont négligées), et celle des répercussions au sein de la société civile de Gabès.

Oudref : la lutte contre « le crime à venir »

11 février 2017. Les habitants d’Oudref, manifestent devant le théâtre municipal de Tunis. Sur leur pancarte on peut lire différents slogans en arabe, en français et même en anglais, mais s’il fallait en retenir un seul : « Non au projet de rejets de phosphogypses à Oudref ». Leur manifestation est reconduite le lendemain dans cette petite ville « en danger » à une vingtaine de kilomètres de Gabès.

L’histoire semble se répéter pour Oudref. Le mardi 16 octobre 2012, une grève générale avait été entamée pour protester contre le même projet d’acheminement et de stockage du phosphogypse qui avait été annoncé par le gouvernement. Les habitants craignaient que la mise en terril du phosphogypse à proximité de leur lieu de vie engendre des pollutions de l’air, de l’eau et des sols comme c’est le cas à Sfax, Skhira et Mdhilla. Cette localité d’environ 10 000 habitants avait ainsi poussé l’Etat tunisien à abandonner cette solution en 2013. En 2014, l’Etat renégocie alors une partie du budget initialement prévu pour la décharge et alloué par l’Union Européenne (UE), et vise alors plutôt un « projet de gouvernance » jugé plus « opportun » dans un tel contexte. « Le PGE Gabès », Projet d’appui à la Gouvernance Environnementale locale de l’activité industrielle à Gabès », est ainsi lancé en 2015. Il est actuellement piloté par Expertise France, et est financé à hauteur de 5 millions d’euros par l’UE.

En 2017, Oudref ne semble pour autant pas complètement hors d’atteinte : les habitants se remobilisent suite à l’avis d’un comité scientifique du Gouvernorat de Gabès rendu en février, qui se prononce pour le même projet de stockage à Oudref qu’en 2013. Ils souhaitent toujours bloquer ce projet consistant vraisemblablement en une délocalisation de la pollution tout aussi contesté là où elle sévit actuellement.

Chott Essalem : première victime du « fardeau historique »

20 Mars 2017. C’est la journée de commémoration de l’indépendance, mais c’est également un jour de manifestation pour la campagne « Sekker Lamsob » (« Fermez les vannes de déversement », sous-entendu du phosphogypse). Sous la pluie, plus d’une centaine de personnes, à pied et à mobylette, s’est regroupée non loin du centre de Gabès pour marcher vers la maison des jeunes de Chott Essalem, le quartier à peine à 500 mètres du GCT. Là-bas, le drapeau tunisien sera monté et l’hymne national chanté, avant que les discours et les pièces de théâtre jouées par les enfants viennent appeler à l’arrêt de la pollution de la plage et de la mer.

Il y a un an, quand je rencontrais Nader un activiste de Chott Salem, il se désolait d’une certaine « passivité des populations » mais la comprenait : « Ils pensent qu’ils sont considérés comme des citoyens de deuxième niveau. Il y a eu beaucoup de promesses non tenues pour faire cesser le rejet de phosphogypse dans la mer et sur les plages de Chott Salem, beaucoup de tableaux périodiques de dépollution sans cesse reportés, et finalement aucune solution, aucun travaux sérieux depuis 5 ans ». Il m’expliquait que la société civile à Chott Salem avait « consacré du temps à la recherche et à l’analyse » mais que depuis 2015, « elle en avait conclu que ce n’était pas efficace »[27]. On peut comprendre en effet, « qu’après 45 ans de pollution, les revendications se radicalisent »[28].

La campagne « Sekker Lamsob » semble donc s’inscrire dans cette réorientation : elle vise principalement la mobilisation et la pression de la rue. Avec ses amis Safouen et Yosri, ils sont parmi les initiateurs de cette campagne et reviennent sur le premier semestre de 2017 : « Nous avons décidé d’augmenter la fréquence des évènements pour pousser à une solution radicale : après deux manifestations le 20 février et le 20 mars, « Sekker Lamsob » a organisé le blocage des rails des trains acheminant le phosphate du bassin minier au GCT de Gabès, le 3 mai.

A la suite de cet évènement, nous avons exigé une décision sur ce dossier (déversement du phosphogypses) dans un délai de 15 jours ». Le 15 mai, à la suite d’une réunion ministérielle, le gouvernement a déclaré que le séminaire du GCT du 24 et 25 mai, serait « un rendez-vous pour discuter entre ministres et associations et prendre en charge le dossier » me précise Yosri. Depuis, le séminaire est passé, et rien n’a été encore fixé mais il reste une échéance importante selon eux : « Le 30 juin 2017 est une date qui a été fixée en octobre 2016 à la suite d’une réunion avec le gouverneur, les représentants des 7 délégations de Gabès et les associations, pour l’arrêt total du phosphogypse dans la mer. Dans deux semaines, le 1er ministre devra rendre sa décision finale et nous espérons qu’il fixe un planning clair » conclut Yosri.[29]

Nous reviendrons sur les « options » présentées par le gouvernement et le GCT dans le cadre de ce dossier, d’autant plus qu’en dépend également une autre problématique, non moins cruciale : les pollutions de l’air.

Bouchema : « La couleur des visages de nos enfants est devenue bleue »

Le 6 mai 2017. Devant l’école de Bouchema, des parents mais également des enfants bloquent la route principale, celle que l’on emprunte généralement pour se rendre à Gabès, à peine à 3 kilomètres au sud. Des enfants viennent d’être hospitalisés, asphyxiés par du dioxyde de souffre en provenance du Groupe chimique, qui s’est répandu dans la matinée sur Bouchema. Pour dénoncer les effets de la pollution, ils débuteront cinq jours plus tard une grève générale et un sit-in, qui se maintiendront pendant deux semaines.

Quand j’arrive à Bouchema, la grève et le sit-in viennent de se terminer. Les premiers habitants que je croise, parlent beaucoup de Saida, une habitante de Bouchema. On s’est mis à la chercher dans les rues du quartier en face de l’école. Quand je l’ai rencontré, Saida était avec plusieurs de ses amies du quartier, des mères d’élèves de l’école elles-aussi.

Ce samedi 6 mai, c’est un enfant dans les rues de Bouchema qui prévient Saida qu’une foule s’est formée devant l’école Abdelmejid Bouchema. « Alors j’y suis allée sans réfléchir, car j’ai ma fille Chadha de 9 ans qui était en classe à ce moment-là » commence Saida[30]. Là-bas, elle m’explique avoir rencontré le directeur et la maîtresse qui l’informent qu’une forte odeur de gaz a soudainement envahi les classes. Elle m’avoue ne pas avoir réagi tout de suite : « je suis restée silencieuse parce que pour nous la pollution c’est quelque chose d’habituel, alors je n’ai pas pensé que c’était quelque chose de grave ». Quand elle est rentrée dans la classe, elle a retrouvé sa fille, le visage bleu.

Alors, « en croisant d’autres parents d’élèves devant l’école venus chercher leur enfant, j’ai décidé de bloquer la route et ai appelé tout le monde à me rejoindre. Les femmes m’ont suivies.

J’ai le sentiment de ne pas avoir bien défendu les droits de mon mari quand il est mort il y a maintenant 7 ans d’un accident dans le Groupe chimique tunisien. Je ne suis pas prête à revivre ça pour ma fille ».

Saida a emmené sa fille ce jour-là à l’hôpital, car « dans le dispensaire de Bouchema, il n’y a pas le minimum pour soigner ». A l’hôpital, sa fille a reçu de l’oxygène pendant une heure et demi, mais à la fin « ils n’ont pas voulu donner de certificat médical, seulement des certificats de présence ».

Ritej, la petite fille d’une des amies de Saida, explique que les enfants aussi ont participé au blocage de la route ce samedi-là, « en solidarité avec les cas graves de nos camarades » et que le lundi, après le passage du gouverneur, ils ont entamé « une marche qui a fait tout le tour de la ville ». Ahmed, un ami de Ritej qui est là aussi, explique qu’ils ne sont pas allés à l’école ni le lundi, ni le mardi avant de retourner en cours le mercredi, puis que la grève générale a commencé le jeudi. » Saida m’explique que ce jeudi-là, malgré les propositions d’arrêter la grève dans la journée, « les femmes ont insisté pour continuer la grève jusqu’à 18 heures ! Elles ont résisté car elles sont très touchées par la santé de leur enfant ». Les principales revendications étaient l’arrêt de la pollution ainsi que l’amélioration des services de santé et des conditions scolaires. Sur les banderoles restées devant l’école, on pouvait lire encore deux semaines après : « Où est l’article 45 de la constitution ? », « Où est l’hôpital universitaire ? » et « Où sont les droits des citoyens ? ».

Sara, une jeune fille derrière Saida qui dit avoir de nombreux problèmes de santé, insiste : « il ne faut pas parler uniquement de cet incident, mais de tous les problèmes : de l’air constamment pollué qui provoque des cancers, et aussi le rejet d’acides dans la mer. On ne demande pas de dédommagement, car à l’avenir il y aura d’autres victimes. On demande une solution totale ».

 

« Nous avons l’obligation d’être unis maintenant plus que n’importe quand »

*Khayreddine, militant de Stop pollution

Problème simplifié, solution partielle

Pour Khayreddine qui a suivi et soutenu ces actions protestataires, «il faut que ces dynamiques rentrent davantage en coordination ». Il rend responsable les autorités successives « qui ont réussi à consommer le temps avec des réunions et des séminaires, mais aussi à diviser le problème quand elles focalisent aujourd’hui les attentions sur la problématique de phosphogypse et pour laquelle elles avancent l’unique solution de stockage. Il y a des gens désespérés qui seraient d’accord pour le stockage car il est présenté comme la plus rapide voire la seule solution pour l’arrêt du déversement. Cela engendre non seulement du découragement et des combats secondaires entre des territoires mais cela s’avère aussi un piège dangereux, car pendant ce temps-là on ne parle pas de la pollution aérienne qui fait le plus grand nombre de victimes à Gabès ».

Khayreddine fait référence ici aux différents évènements qui ont cherché cette année à consulter la société civile, et à animer la concertation avec les autorités et les industriels. Deux séminaires particulièrement ont témoigné selon lui de « l’intention d’orienter et limiter l’horizon des possibilités et restreindre la recherche de solution » : le séminaire d’information sur la valorisation du phosphogypse organisé le 9 mars dans le cadre du PGE (évoqué précédemment), et la rencontre internationale organisée par le Groupe chimique Tunisien le 24 et 25 mai dernier.

 

La valorisation : le phosphogypse qui cache la fumée ?

Pour avoir assisté au premier (PGE), je peux dire que l’évènement était ouvert à tous (ce qui n’était pas le cas du deuxième), et a réuni des hommes d’affaires comme des habitants, des experts comme des acteurs politiques (députés, gouverneur).

La matinée a été consacrée aux présentations d’un « expert international », et d’un « expert tunisien » en l’occurrence ex-PDG du Groupe chimique en 2013. Ce dernier a d’ailleurs lui-même souligné que « chaque gouvernement parle tour à tour de l’un ou l’autre aspect du problème (pollution atmosphérique et phosphogypse) mais ne s’est jamais concentré sur un seul ».

L’objectif était donc de « tracer des ébauches de pistes pour le futur et apporter un point de vue externe » pour l’expert belge qui a ainsi présenté les conditions de valorisation du phosphogypse en Tunisie sur la base de l’état des recherches et des expériences internationales. 5% est la part de phosphogypse valorisé dans le monde, « ce qui donne une idée de la problématique » selon l’expert qui prévient, « vous n’êtes pas les seuls, et il n’y a pas de solution miracle ». Toutefois, estimant que « le phosphogypse tunisien ne dépasse pas de manière choquante les taux de métaux lourds, et notamment le taux de radium par rapport au niveau mondial », il qualifie les 4,6 tonnes de phosphogypse produites par an en Tunisie « de potentiel ». Sont ensuite exposées les possibilités et les risques de la valorisation par secteur. A titre d’exemple, dans l’agriculture la valorisation aurait vocation à améliorer le conditionnement des sols mais présente des risques de contamination par l’absorption des cultures, d’inhalation dans l’application et de contamination de la nappe phréatique. Dans les matériaux de construction, il serait possible de produire de l’additif ciment, du plâtre, voire des briques mais cela pose la question des risques d’exposition des populations aux radiations. D’autres applications ont été exposées : les applications marines (stabilisation des côtes), les utilisations en tant que matière pour remplir les mines (comme cela a été fait en Belgique) ou pour la synthèse de produit par exemple. Ce que l’on retient de tout ce « potentiel » sont les conditions dont il dépend : les études d’impact absentes ou à ce jour incomplètes notamment en Tunisie, de lourds investissements, les risques, les réglementations de l’usage, etc. Il conclue malgré tout « que le rejet n’est plus acceptable et le stockage est inévitable ». De son coté, l’expert tunisien a démontré tous les intérêts de la valorisation du phosphogypse comme la lutte contre la décalcification des sols ou l’avantage concurrentiel vis-à-vis du Maroc par exemple. Sa dernière diapositive conclura d’ailleurs sans ironie : « Le phosphogypse est … une mine d’or ! ».

Cette première matinée a laissé un court moment à la salle pour réagir librement. Malgré ces possibles solutions à la pollution, certains militants témoignent de la méfiance considérant l’angle trop restreint pour discuter d’une vision globale sur le secteur du phosphate à Gabès : « j’ai peur que cette présentation anéantisse tous nos objectifs et luttes pour l’environnement et la santé, car il vise à nous dire que les déchets sont maintenant des richesses » s’est notamment exprimé un habitant de Chott Essalem.

L’après-midi a été consacrée à un atelier pour mettre « tout le monde dans le même bateau « Valorisation » » et envisager les leviers, freins, objectifs et étapes pour chacun des secteurs présentés. Parmi les « bouées » (étapes), deux semblent particulièrement aiguiller la navigation : la déclassification du phosphogypse comme déchet dangereux (devenant ainsi « co-produit »), ainsi que les opportunités de stockage.

Si les perspectives de valorisation ont au moins le mérite d’être des solutions aujourd’hui débattues et susceptibles d’encourager l’arrêt du déversement des phosphogypses, elles ne lisseront que superficiellement les conflits si elle ne vise que l’acceptabilité du stockage. Pour Khayreddine en effet, ce n’est qu’une partie de la réponse « car pendant tout ce temps-là personne ne posait la question du démantèlement et de la délocalisation du Groupe chimique tunisien. Il existe pourtant des endroits où le rayon est assez loin des premières habitations et où l’impact sur l’environnement est réduit. Maintenant, il nous faut une solution pour le phosphogypse qui nous aide à trouver une solution globale ».

Un horizon commun à la fois souhaitable et possible : le démantèlement

 

Ali, un ingénieur en pétrochimie à la retraite qui connait bien le sujet, partage le même avis. Il a assisté à la conférence donnée par le Groupe chimique tunisien, le 24 et 25 mai dernier qui devait justement « s’attaquer au dossier du phosphogypse » comme me l’avaient également expliqué les militants de Chott Essalem.

« Ce qu’il est important de retenir, selon Ali, est que trois solutions ont été avancées : le stockage, la valorisation, et le démantèlement des unités de production de l’acide sulfurique et de l’acide phosphorique qui sont à l’origine des déchets de phosphogypse ». Lors de ce séminaire, il m’explique que les interventions d’experts ou de cadres du groupe chimique ont convergé sur un point : la valorisation en ligne (sans nécessité de stockage) est impossible, et donc par conséquent le stockage est obligatoire. Pour lui, le stockage est d’ailleurs systématiquement présenté comme la solution la plus rapide, « mais elle ne sera pas effective avant cinq ans » (à noter que si l’acheminement se réalise effectivement jusqu’à Oudref, en termes de distance, le dispositif deviendrait un « record mondial »).

« Or en cinq ans, on pourrait très bien appliquer les 3 solutions ». Un projet d’investissement sfaxien et chinois (de 400 millions d’euros) qui a été présenté à cette occasion, l’encourage d’autant plus à le penser : « ce projet promet de valoriser 20 000 m3 de phosphogypse par jour pour faire du ciment, soit 50% de la production journalière de Gabès. Le stade technique (étude de faisabilité, etc.) de ce projet est dépassé et il a été proposé au ministre pour l’implanter vraisemblablement à Skhira en 3 ans seulement (où il y a déjà des unités de production d’acide phosphorique du Groupe chimique). Ce projet de valorisation représenterait de plus environ 2000 emplois ! ». Selon Ali, « avec la somme d’argent que l’UE (via la BEI) réserve pour arrêter la pollution marine à Gabès, on peut ainsi démanteler et délocaliser les unités de production à Skhira, pour arrêter non seulement le phosphogypse mais également les émanations de dioxyde de souffre et du sulfure d’hydrogène à Gabès ».

 

Juin 2017 : Gabès, inchallah labess

* « inchallah labess » est une expression tunisienne pour souhaiter la guérison d’une personne malade ou de manière générale, la résolution de ses problèmes

Le démantèlement – et la délocalisation –signera-t-il la fin de la tragédie gabèsienne le 30 juin prochain ? « On attend tous la décision et la feuille de route promises par la ministre Hela Cheikhrouhou dans le courant du mois de juin » me précise Khayreddine. « Il faut faire la pression dans ce sens ces prochaines semaines ». Stop Pollution a d’ailleurs lancé depuis quelques jours à Gabès « Une pétition pour le démantèlement des unités polluantes », et a lancé plus largement un appel à soutien « aux activistes de l’environnement dans le monde ». Le mouvement prépare également une manifestation sur la mer avec l’aide des pêcheurs, fin juin.

On aimerait penser que Gabès n’a jamais été aussi proche de sa délivrance, mais par ici, les effets d’annonce, on en a connu beaucoup. Si le droit international de l’environnement et la constitution tunisienne ne tiennent pas leurs promesses, que les voix de Gabès restent inaudibles par les autorités et les industriels, n’est-il pas temps que les solidarités nationales et internationales s’expriment pour appuyer la lutte contre un des plus grands et longs crimes environnementaux commis en Tunisie au nom du développement et des exportations ?


 

[1] Page facebook : https://www.facebook.com/AssociationDeSauvegardeDeLOasisDeCheniniGabesasoc/

[2] Page du site internet de l’UNESCO : http://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/5386/

[3] Entretien du 28 aout 2016

[4] Entretien du 25 aout 2016

[5] Disponible sur Demmer, le blog d’Habib Ayeb : https://habibayeb.wordpress.com/2015/11/22/gabes-labess-online-en-ligne/

[6] Page facebook de SOS Environnement Gabès : https://www.facebook.com/sos.environnement.gabes/

[7] Comme le décret n°2010-2519 qui fixe les valeurs limites à la source des polluants de l’air de sources fixes

[8] « Réforme politique concernant la gestion du phosphogypseen Tunisie, Phase 1 : Evaluation de la situation actuelle », 2012, Plan d’Action pour la Méditerranéen, PAM/PNUE

[9] Le décret n°2000-2339

[10] Toutes ces informations sont contenues dans le rapport du PNUE, cité précédemment.

[11] Entretien du 27 aout 2016

[12] Entretien du 25 Mai 2017

[13] Entretien du 26 Mai 2017

[14] Entretien du 28 aout 2016

[15] Eric Goldstein, « Tunisia’s legacy of pollution confronts democratic politics », 2014 : https://www.opendemocracy.net/north-africa-west-asia/eric-goldstein/tunisia’s-legacy-of-pollution-confronts-democratic-politics

[16] S. Ilse et F. Houissa, « Gabes – Une oasis tunisienne toujours polluée », article disponible sur le site de la Fondation Heinrich Böll, Afrique du Nord : https://tn.boell.org/fr/2016/07/04/gabes-une-oasis-tunisienne-toujours-polluee

[17] Air PACA est une association agréée par le ministère en charge de l’Environnement pour la Surveillance de la Qualité de l’Air de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Sud-Est de la France). Elle est composée de collectivités territoriales, de services de l’Etat et d’établissements publics, d’industriels, d’associations, de personnes qualifiées et/ou de professionnels de la santé : http://www.airpaca.org/article/lassociation-air-paca

[18] Page facebook : https://www.facebook.com/APOCSG/

[19] p. 23 et 24

[20] Site internet du projet : http://pge-gabes.org/

[21] Entretien du 26 mai 2017

[22] D. Robert, « Reportage : Mobilisation internationale contre la pollution de Gabès », octobre 2016, Nawaat

[23] Entretiens le vendredi 26 aout 2016

[24] A ce propos, lire le compte-rendu du Colloque international sur « le juge et l’environnement » organisé par la faculté de droit de Sfax et la Fédération tunisienne pour l’environnement et le développement, par Jihen Mathlouthi dans la Gazette du Sud, mars 2017.

[25] Entretien du 28 mai 2017

[26] Lire à ce propos, T. Bresillon, « En Tunisie, les mouvements sociaux cherchent à s’unifier », FTDES

[27] Entretien du 27 aout 2016

[28] Pour faire référence au titre de l’article d’Henda Chennaoui, Nawaat, Avril 2017.

[29] Entretiens du 26 mai 2017

[30] Entretien du 25 mai 2017[:ar]

 قابس:  » تشيرنوبيل تونس » تطالب بحقها في الحياة

 

Zoé Verninمقال لـ : ـ

ترجمه الى العربية: خولة بالعايبة

 

عزمت العودة لزيارة مدينة قابس مرات عديدة خلال السنة الماضية منذ وطأتها للمرة الأولى في أواخر شهر أوت.  لا يمكن لأحد أن يظل محايدا أمام ما يحصل بالمدينة جراء منوال تنمية أقل ما يقال عنه أنه قاس وظالم ان لم نقل « إجرامي » في حق سكان المنطقة ومحيطها حيث وصف وضعها البيئي بعديد المقالات والشهادات بال « كارثة »و « الفضاء المسموم » ليبلغ الأمر ببعض متساكني هذه المدينة الساحلية حد نعتها ب « ضفاف الموت » وتلقيبها ب »الأرض الملعونة ».

أمام المجمع الكيميائي بقابس – صورة لرافاييل بودين (Raphaël Bodin)

تزاحمت كل الشهادات وكل المقالات التي قرأتها بذهني بمجرد وقوفي أمام المجمع الكيميائي بقابس، وتذكرت حينها عبارات امرأة كنت قد تحدثت اليها بالأمس (كما قابلتها عديد المرات لاحقا) حين قالت: « عندما جئت الى قابس لأول مرة لم أحس بالتلوث فقط، بل تذوقت طعمه« .  خانتني الكلمات للتعبير لمن رافقني من مناضلين عن حجم الحيرة و مدى الاضطراب الذي انتابني. تجمدت مكاني لدقائق، مشوشة ومرتبكة، أحدق بوحش ذي براثن من دخان يلقي بوحله الأسود بمياه البحر على بعد أمتار من أحياء المنطقة.   رغم وجود تفسير مفهوم لهذه المعضلة الكبيرة التي تعكس ظلما بيئيا كبيرا بالمنطقة إلا أنه يبقى من الصعب جدا تقبله. وتبقى الشهادات والتحركات المقاومة حاملة لجزء مهم من الحقيقة ومن الحلول.  تنتظم اليوم عديد التحركات المناهضة لتدمير التراث الطبيعي الهام للمنطقة ولهذا الخطر الذي يهدد صحة المتساكنين الذين لا يتمتعون بحق النفاذ الى المعلومة  ولا بالإمكانيات المادية للعلاج.

 

التضحية ب »جنة على الأرض » في سبيل التنمية

مدينة قابس، واحة على شاطئ البحر، قبل تركيز المجمع الكيميائي

واحة قابس: رائعة من صنع الانسان الذي يتلفها اليوم ببطء

يعرف لنا « أمين »، الخبير الزراعي بجمعية حماية واحات شنني[1]، مفهوم الواحة كالآتي:  » هي نظام ايكولوجي يخلقه الانسان حول نقطة مياه بالصحراء. » تعد قابس الواحة الساحلية الوحيدة بالعالم، واستحقت اعتراف منظمة الأمم المتحدة للتربية والعلم والثقافة (UNESCO) بها كتراث طبيعي ذو قيمة عالمية[2]. وقد اعتبر التنوع البيولوجي لهذه الموارد المائية استثنائيا في الماضي.

الواحة المنتظمة على طوابق، تعيل مدينة قابس وتساهم في ازدهارها حيث يوفر النخيل مناخا مناسبا للأشجار المثمرة وأشغال البستنة. وقد عرفت المدينة بجودة تمر واحاتها و ثمار الرمان والحنة. ازدهر العيش في مدينة قابس في الماضي، حيث كان من الممكن حتى السباحة بخزانات مياهها (الأحواض، السدود الصغيرة والقنوات).

لاحظت خلال زيارتي تعلق أصيلي مدينة قابس الشديد بهذه « الجنة الأرضية » التي ورث كل منهم قطعة منها عن عائلته. وقد حدثني السيد « عبد الله » الذي نشأ بالمدينة خلال الأربعينيات عن طفولته السعيدة، هنا، بواحة شط  السلام حيث « تعايش سكان الواحة بانسجام وكسبوا عيشهم من الصيد والفلاحة. »[3] أما عن شباب هذه الأيام فهم يحاولون أن يتخيلوا ما كان عليه هاته الأرض حسب ما يروي لهم أجدادهم، فحس الانتماء للمنطقة يستمر من جيل الى جيل، وكثيرون هم اليوم من يحاولون انقاذ هذا التراث الطبيعي الفريد.

من اليمين الى اليسار: أمين، نجيب وابنه محمد و علي، يعملون بجد للحفاظ على واحات شنني (قابس)

على سبيل الذكر، أمين، الشاب الذي على يمين الصورة، ولد وعاش بالواحة، ويعمل اليوم بجمعية حماية واحات شنني. خلال زيارتي الى قابس رافقني أمين الى حديقة متنوعة بيولوجيا يهتم بها ويسعى من خلالها للحفاظ على عديد الأنواع المحلية التي كادت تنقرض اليوم « بسبب التدهور البيئي وغزو البذور الموردة من الأسواق العالمية »، حسب ما شرح لي أمين[4]أما نجيب ، الذي يظهر وسط الصورة، فقد حوّل أرضه الى متحف من النباتات والأشجار التي يواصل زراعتها خلال تقاعده  ويأمل أن يتمكن ابنه محمد من مواصلة نفس الطريق. وأخيرا نذكر علي، على يسار الصورة، الذي يهتم من جهته بقطعة أرض مخصصة فقط لإنتاج واستنساخ البذور المحلية.

 

الانسان الذي صنع هاته الواحات منذ قرون، خرّبها في غضون عقود قليلة فالصناعة الكيميائية أنضبت الموارد المائية بالواحة كمنبع « راس الواد » اليوم.

واحة راس الواد

أعطى الحبيب العايب الكلمة لصغار فلاحي الواحة في فلمه الوثائقي « قابس لاباس » (قابس بخير)[5]شهد هؤلاء الفلاحون نضوب المياه منذ بداية الثمانينات. المياه التي كانت بالماضي « متدفقة بكثافة ومجانية » أصبحت شحيحة وباهضة الثمن منذ قدوم المجمع الكيميائي التونسي.وقد  كان لتلوث الماء والهواء آثار كارثية على المحاصيل، كما تسبب في بعض الأحيان في تسمم الحيوانات والمواشي التي يتم تربيتها أيضا بالواحة.  رغم اصرار الكثيرين على « عدم بيع أراضيهم بأي ثمن » الا أن البعض اضطر لذلك لصعوبة العيش بالواحة ولرحيل أبنائهم من أرضها.  التوسع الحضري، العشوائي غالبا، يقضي على الواحة شيئا فشيئا.

خليج قابس: من ثروة بحرية الى مقبرة

عرف خليج قابس  بكونه أكبر مصدر للأسماك والقواقع بتونس. جرفه القاري الواسع، قوة المد والجزر وخاصة تنوعه البيولوجي جعل منه ثروة بحرية استثنائية بالمتوسط.

على شواطئ قابس اليوم، يلفظ البحر السلاحف البحرية والأسماك النافقة في مشهد مأساوي حيث يعتبر خليج قابس من أكثر مناطق المتوسط تلوثا. حسب جمعية  SOSقابس التي توثق مخلفات التلوث [6] فان عدد الفصائل البحرية  تقلص من 250 سنة 1965 الى 50 فقط حاليا. هذه الظاهرة دفعت صيادي المنطقة الذين لازالوا مرغمين على الابحار في عرض الخليج،  لتنظيم وقفات احتجاجية باستمرار للتنديد بالنقصان التدريجي للموارد البحرية التي تمثل مصدر رزقهم الوحيد والتي تعيل أسرا عديدة في قابس.

هكذا أصبحت واحدة « من أجمل مناطق العالم » أكبر منطقة صناعية للمعالجة الكيميائية بتونس، تستضيف شركات صناعة الاسمنت و استخراج النفط ويتمركز فيها أكبر موقع لإنتاج الأسمدة وحمض الفوسفوريك بالمجمع الكيميائي التونسي.

 

المساء بقابس: أشبه بمدينة تحت القصف

« قابس مع حلول المساء »، صورة حزينة مشهورة على مواقع التواصل الاجتماعي.

 

فتح أول مصنع « حضري » أبوابه بقابس سنة 1972 وقد اختص في تحويل الفسفاط الى حمض فسفوري وهو ما احتاج لإنشاء  وحدة انتاج لحمض الكبريت. يوفر هذا الموقع حتى اليوم قرابة 57% من الانتاج الوطني للحمض الفسفوري المستخدم أساسا كمانع للأكسدة في المخابر والصناعات المعدنية وأيضا في صناعة المياه الغازية، مواد التنظيف والأسمدة. واصل المركب الصناعي بالتوسع حتى سنة 1985، حيث تم انشاء مصنع لانتاج فسفاط الأمنيوم ومصنع لإنتاج الأمونيتر  (الذين يستخدمان أساسا كسماد). كل هاته المؤسسات كانت عمومية ومنضوية ضمن  المجمع الكيميائي التونسي الذي ينشط أيضا بمنطقة الحوض المنجمي في استخراج وغسيل الفسفاط ثم تحويله وهو ما يحتاج كميات هائلة من المياه ويستنزف بذلك الموارد المائية بقابس وأيضا بالمظيلة وصفاقس والصخيرة.

منذ خمسة وأربعين سنة، يتنفس أهالي مدينة قابس هواء مشبعا بالغازات، مستنشقين أكسيد الكبريت وأكسيد النتروجين و الفلوريد وكبريتيد الهيدروجين وغيرها من الغازات الملوثة السامة.

رغم اصدار بعض النصوص القانونية لمراقبة ومتابعة الانبعاثات الغازية[7] إلا أنها لم تشمل المجمع الكيميائي التونسي الذي « تتمتّع وحداته الصناعية بوضع استثنائي  من طرف السلطات العمومية المكلفة بمراقبته وذلك لأهمية أنشطتها » حسب تقرير أصدره برنامج الأمم المتحدة للبيئة[8] . وحسب نفس التقرير « يتكفل القائم بالنشاط بتركيب أجهزة القياس وأخذ العينات » وبذلك « يتكفل المجمع الكيميائي التونسي بالمراقبة الذاتية ».

تستمر الجرائم البيئية للمجمع من خلال التجاوزات التي يرتكبها في عمليات تصريف الفضلات: تستخدم خمسة أطنان من الفوسفوجيبس للحصول أخيرا على طن واحد من حمض الفوسفوريك.  تفوق كمّية الفضلات التي تنتجها قابس كمّية المنتوجات المصدرة بخمسة أضعاف.  كميات مهولة قدّرت ب 000 095 4 طن من الفوسفوجيبس سنويا  بالاعتماد على كمية الانتاج (900.000 طن من حمض الفوسفوريك سنويا)… طيلة 45 سنة ولكم أن تتصوروا حجم الكارثة.

 

000 42 مترا مكعبا من الوحل « الجبسي » (نتيجة اختلاط المياه بالفوسفوجيبس) تلقى يوميا في مياه خليج قابس دون أي معالجة فتغطي قاع البحر و الشواطئ.

يعتبر الفوسفوجيبس حسب تشريعات الجمهورية التونسية من النفايات شديدة الخطورة[9] وذلك لاحتوائه على معادن ثقيلة ومواد اشعاعية عديدة نذكر منها السترونشيوم، الكادميوم، الرصاص، النيكل واليورانيوم وغيرها…[10]

لم يلتزم المجمع الكيميائي التونسي بالقوانين الخاصة بالتصرف في النفايات الخطيرة، كما ذكر أيضا في نفس التقرير، وهو ما يمكن ملاحظته بسهولة من خلال السيول السوداء التي يلقي بها يوميا في مياه البحر.

حسب جمعية البيئة بقابس (SOS Environnement Gabes) يفوق حجم الاشعاعات المنبعثة من شواطئ قابس القيمة القصوى  المحددة من طرف الهيئة الدولية للوقاية من الاشعاع بأربع الى خمس أضعاف.

 

التهميش البيئي:

يقول « نادر » الذي يقطن بحي شط السلام على بعد مئات الأمتار من المجمع الكيميائي: « قابس ما هي إلا نسخة مصغرة لكارثة تشيرنوبيل بتونس. الأمر هنا شبيه بمدينة اجتاحتها الحرب وأنا فعلا لا أستغرب اختيار انشاء المجمع الكيميائي التونسي هنا فقابس مدينة سياحية وقد قرروا تدميرها لتشع أماكن سياحية غيرها »[11]

أما عبد الله فحدثني عن الفترة التي فتح فيها المجمع أبوابه للمرة الأولى قائلا: « لم يعي المتساكنون حجم خطورة الأمر حينها بل كانوا فقط مسرورين بفتح سوق جديدة للشغل بالمنطقة ».

استغل الفرع الجهوي للرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الانسان عملية الانتقال الديمقراطي  بعد ثورة 14 جانفي 2011 للتعريف بقابس ك« منطقة ضحية للتلوث ». وقد هدف الملف الذي أودع بهيئة الحقيقة والكرامة سنة 2016 لإثبات التهميش المنظم للمنطقة على المستوى البيئي. الأدلة المذكورة بالملف اعتمدت أساسا على التأثيرات الخطيرة للمجمع الكيميائي التونسي وسعت لا فقط لكشف الحقيقة بل للاعتراف والتعويض عن الخسائر التي تكبدتها مدينة قابس.  هذا الملف لا يزال حتى الآن قيد المعالجة.

 

 « هنا في قابس، نصاب بالسرطان بسهولة، تماما كما نصاب بالانفلونزا »

*شهادة « سارة » شابة قاطنة بمنطقة بوشامة من ولاية قابس

« هذا الجسد من قابس »: عرضت صور هذا الطفل أصيل حي السلام بقابس الذي يعاني من تشوهات خلقية خلال زيارة قافلة تضامن دولية يوم 17 أفريل 2017 لتبين النتائج المباشرة للتلوث، أو بالأحرى « النتائج المباشرة لتحضرهم ».

رغم أن المشاكل الصحية المسكوت عنها منذ زمن طويل هي موضوع الأحاديث اليومية إلا أنها لم تحض يوما بالاعتراف ولا بالتفكير في حل للحد من قسوتها.  « في مدينة قابس، باتت الأمراض « النادرة » أمراضا « شائعة » تماما كحالات الوفاة المبكرة. » هكذا حدثنا أهالي المنطقة، ومن بينهم « رشيد » وعائلة « عاجي » الذين زارهم المرض والحزن ككثيرين غيرهم.  اشتغل « رشيد » طيلة 39 سنة في الصناعة الكيميائية للفلور بالشركة التي أنشأتها الدولة سنة 1971 (ثم تمت خصخصتها سنة 1992) بجانب المجمع الكيميائي التونسي والتي اختصت في انتاج وتوزيع فلور  الألومنيوم.

حدثني رشيد عن تجربته قائلا: « عملت بهاته الشركة واشتغلت على كل الآلات. بدأت أشعر بآلام في المفاصل منذ سنة 1991. راجعت عديد الأطباء وحتى سنة 2011 حصلت على نفس التشخيص: « أنت بخير، ما تشعر به هو مجرد التهاب بالمفاصل ! » في الماضي كان من المحظور التطرق الى آثار التلوث على الصحة. اليوم، أدرك جيدا أنني أصبت بتسمم الفلور، وهو مرض مهني معترف به على الصعيد الدولي…ربما نظريا، تونس لم تعترف به فعليا الا بعد سنة2011″.

اثر 14 جانفي 2011 قرر رشيد أخيرا « خوض معركته » بالمحكمة وبالصندوق الوطني للتأمين على المرض. اعترفت المحكمة بمرضه في نفس السنة وحملت المسؤولية للشركة التي عرضته لهاته المواد السامة دون توفير الحد الأدنى من الحماية أو توعيته بمخاطر المهنة.   

« لا يوجد علاج لهشاشة العظام وتكلس الأوتار. كل ما يمكنني تناوله هو مضادات الالتهاب ». هكذا فقد رشيد 40% من قدراته الجسدية بسبب تسمم الفلور. مهنته بالمصنع الكيميائي وتصنيف تسمم الفلور كمرض مهني هو ما أسس أرضية صلبة لمطالبة رشيد بحقوقه (وخاصة بتعويضات) ومنذ نجاحه في افتكاكها اتصل العديد من عمال المصنع به للقيام بإجراءات مماثلة.

للأسف، بقابس (كما بمناطق أخرى من الجمهورية التونسية)،يمكن الاصابة بتسمم الفلور من خلال الفضلات والمخرجات الصناعية كالفوسفوجيبس والتي تلوث الأرض والمياه معرضة بذلك حياة جل أهالي النطقة للخطر. لنا اذن أن نتساءل، هل أن هذا الخطر المؤجل تشمله نفس الاجراءات القانونية وهل يمكن للمصابين اللجوء للمحاكم للدفاع عن حقوقهم؟  خلال فترة رئاسة بن علي أُثبت أنه تم اجبار العلماء والأطباء على التكتم عن الدراسات الوبائية وعن مثل هذه التأثيرات. الآن وقد أسسنا لحرية التعبير هل سيُصغى الينا فعليا؟

تقطن عائلة « عاجي » بحي ببلدة بوشامة  على بعد 3كم عن قابس خلف المجمع الكيميائي.  فارقت العائلة ابنها نزار الذي توفي عن عمر
يناهز 47سنة. 
حدثني والداه بحزن شديد عن السنة الأخيرة من حياته، حين تعكرت حالة رئتيه وكبده بشكل كبير.

 « لقد أخبره الأطباء أن السبب هو التلوث، الا أنهم لم يمدونا بشهادة طبية لاثبات ذلك. »[12] صارحتني والدته. لازالت العائر تذكر أولى الأعراض التي أحس بها نزار سنة 1994 حين كان يعمل بوحدة انتاج الحمض الفسفوري بالمجمع الكيميائي التونسي.

 

الصورة ل« انصاف«  أخت « نزار » مستلقية على السرير وعاجزة تقريبا عن الكلام، فهي لا تكف عن السعال. تتنفس انصاف الأكسيجين بصعوبة من خلال جهاز موصول بالكهرباء وهو ما يجعل والديها في حالة توتر دائم خوفا من عطب أو انقطاع مفاجئ للتيار الكهربائي.

« بدأت مشاكل انصاف التنفسية سنة 2015 حين اختنقت وأغمي عليها بالبيت. » هكذا حدثتني والدتها. « اليوم قد جفت رئتاها تماما وقد طلب منا الأطباء ابعادها عن قابس إلا أن وضعنا المادي لا يسمح لنا بذلك. » قام معتمد بوشامة بزيارة انصاف ووعد بايجاد حل لمشكلتها. « زار بعض الصحفيين انصاف أيضا إلا أنهم لم يعرضوا المقابلة. »كما زارها ممثل عن وزارة الصحة دون أن تعود أي من هذه الزيارات بأي جدوى.

« حالة انصاف تسوء يوما بعد يوم وتستوجب عملية طارئة لزرع الرئتين » هذا ما صرحتني به عائلة انصاف التي تشعر بمرارة الخذلان للمرة الثانية. « لا يوجد اثبات علمي للرابط المباشر بين التلوث والأمراض، الا أن ذلك لا ينفي وجوده » *منصف: طالب بكلية الطب وعضو بجمعية الأطباء التونسين الانسانيين

 « يؤمن المتساكنون بأن جميع آلامهم سببها التلوث خاصة مع  كثرة المرضى بقابس » هكذا حدثني منصف ومروان[13] ممثلان عن جمعية الأطباء التونسين الانسانيين، وهي جمعية تضم طلبة بكلية الطب يقومون بحملات تحسيسية بقابس منذ سنة 2012. رغم أنهم « لم يتخرجوا بعد« ، يهتم هؤلاء الطلبة بالظروف الصحية لأهالي قابس وخاصة بالعلاقة بين التلوث والأمراض المتفشية بالجهة. في هذا الصدد يأسف أعضاء الجمعية لعدم توفر الوسائل (كالمخابر مثلا) والحجج العلمية (كالدراسات…) التي قد تساعد على اعتماد أبحاثهم. مروان مثلا، قام بأبحاث حول هشاشة العظام بالتعاون مع معهد سويسري، حيث يعزو الجميع تفشي هذا المرض بقابس الى التلوث الذي يؤثر على صحة  العظام بشكل كبير.  يذكر مروان جيدا ردة فعل المشاركين في اللقاء المفتوح الذي انتظم لتقديم هذه « الحقيقة العلمية »، والتي تتمثل في « عدم وجود أي دراسة تثبت العلاقة بين التلوث ومرض هشاشة العظام بأي مكان بالعالم ». يقول مروان بنبرة متأثرة: « أحسست جيدا بخيبة أمل الحاضرين حيث لم يكن ذلك ما يودون سماعه. »

أما بالنسبة لمنصف فانه يعتبر من الضروري البدأ بتقدير عدد حالات هشاشة العظام بقابس  ولو أن ذلك « أمر في غاية التعقيد، حيث يجب اجراء فحوصات تخصصية على عدد كبير من المصابين، وذلك يتطلب مبالغ مالية هامة كما أن المعدات والأجهزة اللازمة غير متوفرة بالمستشفى العمومي بقابس » على حد قوله.

معركة متواصلة لافتتاح مستشفى جامعي…

تتواصل المعركة الجهوية من أجل احداث كلية للطب بقابس وتحويل المستشفى العمومي الى مستشفى جامعي خاصة مع ارتفاع عدد الحالات الحرجة خلال السنوات الماضية.  منذ أكثر من عشرين سنة والى يومنا هذا، مازال عبد الله[14] يناضل في سبيل تحقيق هاته الغاية رغم تعدد العراقيل التي من أهمها، حسب تقديره  » سعي عديد الأطراف، وخاصة من الأطباء، عرقلة مشروع ينهض بقيمة المستشفى العمومي على حساب المصحات الخاصة « .

لم يستطع عبد الله الحصول على تصريح لإنشاء جمعية تساند هذا المشروع، حتى اثر ثورة 2011. هذا الرفض بالنسبة له « لا يهدف إلا لإحباط عزائمهم ». ورغم كل هاته العراقيل، يحظى المشروع بمساندة واسعة من طرف أهالي المنطقة حيث تجمع ألاف الأشخاص خلال مظاهرة في سنة 2013 كما يروي عبد الله، كما « أقر مجلس وزاري هذه السنة بضرورة احداث كلية للطب بقابس ».

يتطلع منصف،  والذي يتدرب حاليا بقسم الاستعجالي بقابس، لهذا « التغيير ».  وضع المستشفى حاليا يدفع الكثير من متساكني المنطقة للتنقل الى صفاقس (140كم) والى تونس العاصمة (400كم) لمراجعة دكاترة وأطباء الاختصاص  أو لإجراء التحاليل والفحوصات الضرورية الغير متوفرة بجهتهم. عدى عن صعوبة حصول المرضى على العلاج المناسب، أدى هذا الوضع الى ضياع الملفات والبيانات وهو ما يقوض امكانية القيام بدراسة وبائية على المستوى الجهوي خاصة وأن منطقة الاقامة لا تسجل بصورة منهجية في ملفات المرضى بالمستشفيات الجهوية وعدم امكانية الاستناد للسجل الوطني الذي لا يخلو من النواقص وأوجه القصور. علاوة على ذلك،  » الاطار القانوني التقييدي في علاقة بالسر الطبي » يحول دون حصور مروان ومنصف على عديد المعطيات.

« كفوا عن قتل مواطني قابس » – من الشعارات المرفوعة بالمسيرة الشعبية سنة 2013

… ماذا عن شفافية البيانات المتعلقة بالتلوث

يشرح لنا منصف أنه « من أجل التمكن من اثبات علاقة الأمراض المتفشية بتلوث المنطقة، يجب أولا  توضيح نسبة تركيز الملوثات بالهواء، وهو ما يتطلب انشاء وحدات بحث ».  ركز الرئيس السابق بن علي في الماضي لوحة قياس « آنيّة » للانبعاثات « بشارع البيئة » في قلب مدينة قابس:  الغريب بالأمر أن معدلات ثاني أوكسيد الكبريت، أوكسيد الآزوت والأمونياك لم تتعدى أبدا سقف النسب المرخص لها.  [15] حتى هاته السنة، 2017، مازالت « الشكوك القوية » تحوم حول التدابير التي يتخذها المجمع الكيميائي التونسي والتي يعرضها على الوكالة الوطنية لحماية المحيط. تم استجواب هذه الوكالة مؤخرا اثر نشر قائمة الدول الأكثر تلوثا بالعالم في سنة 2016 والتي تصدرها المنظمة العالمية للصحة بالاعتماد على المعطيات التي توفرها الدول. لم تدرج قابس ضمن الأربعة ولايات المقترحة عن الجمهورية التونسية ! تقوم الوكالة الوطنية لحماية المحيط بتعديل البيانات بعد الكشف عن عدم مصداقيتها ونأمل
أن تجد ولايتا قابس وقفصة مكانهما الحقيقي بقائمة المنظمة العالمية للصحة قبل المراكز الصناعية بتونس، بنزرت وصفاقس. [16]

في هذا الصدد،ستُلزم الوكالة الوطنية لحماية المحيط قريبا على تطبيق مشروع « حوكمة المناخ بالأورومتوسط » والذي » يهدف أساسا لتأسيس نظام مراقبة لجودة الهواء « بولاية قابس.وتواجه جمعية Air PACA[17]بفرنسا تهما في علاقة بالموضوع اذ « ساعدت في الوكالة الوطنية لحماية المحيط في اعداد تشخيص ثلاثي للفاعلين بقابس: مع تحديث عملية الجرد للملوثات بالمنطقة، حملتا قياس أراضي وتركيز معدات لنمذجة الهواء »… الأمر اذن يستحق المتابعة…

في انتظار مبادرات شعبية حول الدراسات الوبائية

في غياب الحملات التوعوية، البيانات والتحقيقات العامة، تبذل مكونات المجتمع المدني بالجهة قصارى جهدها لملأ الفراغ… في هذا الاطار نذكر بالخصوص « جمعية حماية واحة شط سيدي عبد السلام »[18] (APOCSG) أين ينشط نادر. وقد ذكرت الجمعية في تقريرها « قابس: قصة ابادة جماعية« [19] قائمة بأسماء مختلف الملوثات والمواد الاشعاعية الموجودة بقابس كما ذكرت المخلفات الناتجة عنها بالتفصيل على المحيط وعلى صحة الانسان.

قائمة التأثيرات على الصحة قائمة طويلة جدا، تتجلى معالمها بمنطقة شط السلام وهو ما  تسعى الجمعية لإثباته والإنذار لخطره مستندة
على ملاحظاتها وخاصة على دراسة احصائية قامت بها شملت استجواب مئة عائلة قاطنة بالجهة:  » عدد الأمراض المزمنة والقاتلة المرتبطة مباشرة بالتلوث، عدد مهول. نذكر منها مرض السرطان، العقم، الاجهاض، الأمراض التنفسية والجلدية، الاعاقة العضوية والعقلية منذ الولادة وغيرها الكثير…. »

ويبقى السؤال المطروح، لو قمنا بتحقيق على مستوى أشمل، هل ستفوق هاته الاحصائيات المعدلات الوطنية؟ حتى الآن لا يتعدى الأمر قناعات بنيت على الملاحظة الجماعية. توجد دراسة واحدة حول الموضوع قامت بها جمعية « خبرات فرنسا » سنة 2016 في اطار برنامج الحوكمة البيئية[20]. تبقى تفاصيل منهجية المشروع (شكله وعدد المشاركين من متساكني الجهة وعمالها) غير معلومة الى حد الآن.

من يملك المعلومة يملك القوة: كيف يمكن فعليا وبشكل عملي التوعية بمدى خطورة هذه المعاناة لمواصلة حشد الدعم؟ كيف يمكن دفع الأطراف المسؤولة للاعتراف بجرائمهم ومحاسبتهم ؟ كيف السبيل للمطالبة ب »الحق في بيئة سليمة » دون وجود أدلة قاطعة للجرائم البيئية؟

« يرغب الناس في التخلص من المجمع الكيميائي بشدة… تماما بنفس الشدة التي يرغبون بها في العمل فيه » عبد الجبار، نقابي بالاتحاد العام التونسي للشغل – الفرع الجهوي بقابس

معضلة يمكن وصفها بالكارثة

يشرح لنا عبد الجبار[21]، نقابي بالاتحاد الجهوي للشغل بقابس، رأيه في الأمر قائلا: « هو حقيقة وضع مأساوي، نحن ملزمون على الاختيار واختيارنا يدفعنا للتضحية بقضية عادلة… » وذلك في اشارة للمعضلة التي تضع سلامة المحيط والصحة في كفة، والتشغيل في الكفة الأخرى.

يتألم فلاحو الجهة لرؤية أبنائهم يتسابقون للعمل عند المشغل الأول بالجهة. المجمع الكيميائي التونسي بقابس يوفر 4000 موطن شغل مباشر، مئات فرص الشغل بخدمة المناولة، اضافة الى عديد الموظفين « بالشركات البيئية » التي يمولها المجمع والتي من المفترض أن « تعوض » عن الأضرار والخسائر البيئية وتخفف من وطأة البطالة بالمنطقة.

« أغلب العمال النقابيين المنخرطين بفرع الاتحاد العام التونسي للشغل بقابس هم من يعملون في قطاع الصناعة الكيميائية »، يواصل عبد الجبار، « فالنقابيون من الفلاحين والصيادين ينشطون ضمن الاتحاد التونسي للفلاحة والصيد البحري ». يجدر القول بأن المجمع يوفر امتيازات عديدة لموظفيه (مثالا عن ذلك يهب المجمع الكيميائي التونسي خروفا لكل موظف في عيد الاضحى، لوازم دراسية في الفترة العودة المدرسية، منحة للإجازة الصيفية…)

فعليا، لا وجود لنضالات نقابية في قابس في علاقة بالسلامة والصحة المهنية « فهذه المشاكل حديثة العهد« ، هكذا يشرح لي عبد الجبار.  رغم أن المنطقة الأقرب للمنطقة الصناعية هي الأكثر عرضة للتسمم، المرض… والموت.

في أواخر أكتوبر 2016 توفي « عبد القادر الزيدي » موظف بالشركة التونسية للكهرباء والغاز، اثر تسرب غاز قاتل من معمل الأمونيتر. أبن فرع الاتحاد الجهوي للشغل بقابس الفقيد بمقره بحضور عائلته وحمل الدولة مسؤولية وفاته واصفا تعاملها مع سكان المنطقة بال »لا انساني ».

على اليمين صورة لتجمع التأبين بمقر الاتحاد مرفوقة بالرسالة التي نشرت بصفحات مواقع التواصل الالكتروني والتي تطرق اليها « حراك أوقفوا التلوث Mouvement Stop pollution و أوديسي ابن بطوطة للبدائل خلال مؤتمر الأمم المتحدة 22 للتغير المناخي [22].

حُول ملف عبد القادر الزيدي الى القضاء منذ مدة قصيرة بعد استخلاص الطبيب الشرعي بأن سبب الوفاة هو « انسداد الشعب الهوائية بكمية كبيرة من المخاط وهي علامة على الاختناق ». هكذا أكد لي عبد الجبار الذي يتابع مجريات القضية. ويجدر الذكر بأن الشركة التونسية للكهرباء والغاز عينت محامين للدفاع عن الفقيد ضد الشركة المسؤولة عن تسرب الغاز وهي خطوة مشجعة على الاستمرار في مكافحة افلات المصانع الكيميائية بقابس من العقاب.

يساند الاتحاد الجهوي للشغل بقابس باستمرار الأنشطة التي ينظمها التحرك المحلي « أوقفوا التلوث » ويؤكد عبد الجبار بأن ذلك يعود
الى الثقة المتبادلة بين النقابة والحراك، وخاصة الى المسؤولية التاريخية والاجتماعية للاتحاد العام التونسي للشغل في تونس منذ سنة 1946: 
« يدافع الاتحاد في المقام الأول عن العمال الذين بحاجة للاستقرار في العمل، وهو ما يحتاج بالتالي الى استقرار المؤسسة.  في نفس
الوقت، يرغب نقابيو الاتحاد دائما في مساعدة الفئات الاجتماعية الأخرى من خلال السعي للتوفيق بين المصالح المتضاربة.
ندرس الوضعية على نحو شامل بتناقضاتها و بما تحمله من خلافات. يسعى الاتحاد دائما للدفاع عن مختلف القضايا  عن طريق معالجتها من مختلف الزوايا ويحدث في بعض الأحيان أن لا يساند تحركا ما لاختلاف غاياته عن مبادئ الاتحاد.

 

« معادلة الانتاجية الغير واعية عليها أن تتغير »

يرى عبد الجبار أنه من غير المعقول ولا المجدي ايقاف المجمع الكيميائي عن العمل، الا أنه من الضروري ايجاد معادلة انتاج جديدة تكون جزءا من رؤية استراتيجية بعيدة المدى. « يدفعنا المجمع الكيميائي للتفكير الجدي في تغيير معادلة الانتاج : معادلة عليها أن تأخذ بعين الاعتبار المصاريف المتعلقة بالصحة ومخزون المياه، وأيضا الخسائر المتكبدة على مستوى القطاع الفلاحي والسياحي وقطاع الصيد البحري. » معادلة بسيطة توضح لنا أن « الانتاجية الغير واعية والغير مسؤولة أدت الى خسائر فادحة.يجدر التخلي عن منوال التنمية الحالي على مراحل انطلاقا من رؤية جديدة وواضحة من أجل بناء منوال تنموي مستدام وعادل » يأسف السيد عبد الجبار ل »غياب هاته الرؤية حاليا في قابس » إلا أن بعض التحركات والخطابات تؤسس لظهورها.  من بين هذه المبادرات، يذكر تعاون فرع الاتحاد العام التونسي للشغل وفرع الرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الانسان يوم 11 ديسمبر 2016 من أجل لفت أنظار الرأي العام للقضايا البيئية بمناسبة اليوم العالمي لحقوق الانسان.  في هذه المناسبة أكد عبد الجبار أن حقوق الانسان الأساسية (الحق في الحياة، الحريات الفردية والسياسية، الحقوق الاقتصادية والاجتماعية…) لا يمكن أن تضمن كرامة الانسان في غياب محيط سليم فبالنسبة له « كل
أشكال وأجيال حقوق الانسان باختلافها وأساسيتها ما هي إلا تفرعات عن الحق الأساسي في الحياة »

 

 

تحرك « أوقفوا التلوث »: « التلوث ليس قدرنا »

 « نحب نعيش » تكسر حاجز الصمت

جمعني الموعد الأول مع تحرك « أوقفوا التلوث » بأربعة نشطاء: جودة، خير الدين، محمد وأحمد[23]. ثم خلال نفس السنة تعرفت على هيفاء، مريم، خولة، نادر، رؤوف، حمزة، زياد، خالد وغيرهم عديد النشطاء ضمن التحرك جمعهم « النضال ضد الجرائم البيئية المقترفة بالمنطقة الصناعية بقابس ودفاعهم عن الحق في بيئة سليمة ».

اجتمعنا في لقائنا الأول بمقهى بقلب مدينة قابس، وقد كانت سابقة بأن يأتي عديد الممثلين لنفس التحرك لحضور اللقاء الأول: صورة –مثالية – عن مفهوم التحرك: لم يكن بينهم قائد ولا منسق، كل شيء تم بتلقائية وعفوية، دون اتفاق مسبق في ظل حرية التعبير.   حدثني الشباب عن بداية تكون التحرك في ماي 2012، أي بعد مضي سنة عن ثورة 14 جانفي 2014 « التي مثلت بالنسبة لعديد متساكني قابس نهاية التلوث »

يوم 5 جوان 2012 وبمناسبة اليوم العالمي للبيئة، جاب جل أهالي قابس شوارع المدينة هاتفين بصوت واحد: « نحب نعيش ». انتهت المسيرة باعتصام على الشاطئ و منتدى مواطني. كان هذا أول تحرك ضد التلوث بقابس، صار بعدها تقليدا سنويا حيث تنتظم المسيرة يوم 5 جوان من كل سنة.

أصر أعضاء « أوقفوا التلوث » على تكوين  » ائتلاف للنشطاء عوض تحالف للجمعيات وذلك بهدف ابقاء الطابع المواطني للتحرك والحفاظ على انفتاحه وأفقيته ». وقد اعتمد التحرك تنظيم المظاهرات بالطرقات، المنتديات المواطنية وحملات التوعية كوسائل لل« ضغط على أصحاب القرار من أجل احداث تغيير جذري. »

اعتصام 18 ماي 2013 أمام المسرح البلدي كان من أول تحركات « أوقفوا التلوث » للتعريف بالقضية بالعاصمة وقد عدت المسيرة السنوية بقابس ذلك العام أكثر من 4000 مشارك.

على اليسار، صورة الاعتصام بالعاصمة في ماي 2013 وعلى اليمين صورة لمسيرة 5جوان من نفس السنة.

 

 

شارك تحرك « أوقفوا التلوث » في فعاليات المنتدى الاجتماعي العالمي في سنة 2015 وأعاد تنظيم المسيرة والمنتدى يوم 5جوان أمام المنطقة الصناعية كما بدأ في ادماج التظاهرات الثقافية في مختلف أنشطة وذلك لتنويع الوسائل التحسيسية و سبل التعبئة. 

تحرك 5 جوان 2015: مسيرة، منتدى وعروض فنية

 

2016: رحلة البحث عن الدعم على المستوى الوطني والدولي

في أوت 2016، وبعد مرور أربع سنوات زاخرة بالحملات التحسيسية وتحركات التعبئة، حظي تحرك « أوقفوا التلوث » بدعم شعبي  واسع في قابس وتضاعف عدد النشطاء ضمنه (للتوضيح أنظر الصورة أسفله) وهو ما شجعه على تخصيص يومي
5 و6 جوان من سنة 2016 لتنظيم منتدى مصغر لتكوين النشطاء ومراجعة استراتيجيتهم.

أعضاء تحرك « أوقفوا التلوث » خلال منتدى 5 و 6 جوان 2016 المنظم بدعم من المنظمة الألمانية Heinrich Böll

 

وقد أشار الأعضاء الأربعة خلال لقائنا الى اجابة محامية قامت بتنشيط احدى ورشات التحرك حين سُئلت عن الحق في البيئة السليمو وامكانية اللجوء الى القضاء: « ليس من الممكن اللجوء الى القضاء الدولي لأن ذلك يستوجب أولا المرور بالمحاكم التونسية. الا أن القضاة التونسيين غير مختصين في الحق البيئي ويفرضون توفر أرقام واضحة معتمدة من طرف المنظمات « القانونية » وهو ما يصعب التحصل عليه. »[24] رغم ذلك، وعلى سبيل الذكر لا الحصر، اعتبر تقرير برنامج الأمم المتحدة للبيئة سنة 2012 « بأن نفايات الفوسفوجيبس الملقاة حاليا بخليج قابس تتعارض مع شروط معاهدة برشلونة وخاصة مع البروتوكول الذي « يمنع التلوث البحري من مصادر برية« . استنادا على ملاحظات عديدة اثر انتهاء الندوة، قام الائتلاف بنشر بيان حول « تصميمهم على كسب حلفاء على الصعيدين الوطني والدولي بغية الدفاع عن الوضعية بقابس. »

« نجح التحرك في متابعة الاستراتيجية »، هكذا لاحظ خير الدين[25] بعد مرور سنة شارك خلالها في عديد أنشطة « أوقفوا التلوث ».

في أواخر شهر أكتوبر من سنة 2016 قام التحرك بتنظيم منتدى بيئي بقابس بمناسبة أوديسي ابن بطوطة للبدائل وذلك بمشاركة عديد النشطاء التونسيين والأجانب، حيث رست عديد البواخر القادمة من الضفة الشمالية للمتوسط بتونس قبل وصولها الى الجزائر ثم المغرب للمشاركة في القمة العالمية للمناخ في دورتها الثانية والعشرين (COP22). عديد النشطاء في تحرك « أوقفوا التلوث » التحقوا بالرحلة للمشاركة في الأنشطة المفتوحة بمدينة مراكش بالمغرب والتعرف على مختلف التحركات والجمعيات القادمة من مختلف أنحاء العالم.

ثمّن خير الدين، ممثل عن تحرك « أوقفوا التلوث » بقمة مراكش، هذه التجربة قائلا: « أُتيحت لنا الفرصة للحديث مطولا عن قابس ولتفسير تأثير التلوث على السكان ووعلى المحيط. تأثر المستمعون كثيرا وتعاطفوا معنا وقد ورد اسم مدينة قابس في البيان الختامي
للحركات الاجتماعية ضمن الفقرة: « الذين في الصف الأول لمقاومة الاستغلال المفرط للثروات الطبيعية بايميتير، قابس وعين صالح، بستاندينغ روك ونوتر دام دي لاند
(Standing rock – Notre – Dame – des – Landes ) …  » ثم ورد: « وجب الشروع في التحرك فعليا لتجسيد دعمنا وتنظيم برامج للتعبئة الدولية لقضية قابس. »

أما على المستوى الوطني، حدثنا خير الدين عن مشاركة التحرك في تأسيس التحالف التونسي من أجل العدالة البيئية في شهر أفريل بقابس، والمتكون من عديد الجمعيات، كما حدثنا عن المؤتمر الوطني للحركات الاجتماعية الذي انتظم في شهر مارس، والذي أتاح الفرصة « للتعرف على التحركات الأخرى، للتأمل وتأسيس رابط تضامني يجمع بين التحركات المتشابهة في أهدافها بمناطق أخرى من الجمهورية »[26].

هذا التنسيق بين مختلف الحركات الاجتماعية البيئية في اطار المؤتمر، من شأنه، حسب تقدير خير الدين، أن « يساعد النشطاء الميدانيين في نضالاتهم اليومية، وأن يسمح بمزيد التعريف بقضاياهم وبالتالي مزيد التقدم نحو ايجاد الحلول ». كذلك، ساعد اجتماع الحركات المختلف في « تأسيس روابط مع حركات نضالية أخرى بتونس » وهو أمر ضروري ف« لا يمكن أن ينجح تحرك ما بمفرده في تغيير نظام لا يحترم الحق في الحياة ولا كرامة الشعب. » ولعل هاته الخلاصة، تشير الى مستجدات الساحة النضالية في قابس، حيث تشكلت عديد الجمعيات سنة 2017 وحظيت بدعم تحرك « أوقفوا التلوث ».

2017، سنة المقاومة الجماعية بقابس…

التأمل في ثلاث تحركات ظهرت هاته السنة في ولاية قابس، يسمح لنا بالتفكير الجدي في طرق التعايش مع التلوث وفي خطوات التعبئة كما يدفعنا للتساؤل حول مسألتين: مسألة الحلول المقترحة من طرف السلطات (والتي غالبا ما نتجاهلها) ومسألة تأثيرها على المجتمع المدني في قابس.

وذرف: المقاومة ضد « الجريمة القادمة »

11 فيفري 2017: تظاهر أهالي « وذرف » أمام المسرح البلدي بتونس العاصمة

تعددت اللافتات المرفوعة واختلفت الصياغات واللغات، إلا أن الجملة التي ترسخت بذهن الحاضرين هي « لا لمشروع مصب الفوسفوجيبس في وذرف ».  في اليوم التالي أيضا، تظاهر أهالي « وذرف »، التي تبعد نحو 20كم من قابس، من أجل حماية بلدتهم المعرضة
للخطر.

يبدوا أن التاريخ يعيد نفسه في بلدة وذرف، ففي 16 أكتوبر 2012،  قام الأهالي بتنفيذ اضراب عام احتجاجا على مشروع نقل وتخزين الفوسفوجيبس الذي أعلنت عنه الحكومة.  يخشى المتساكنون أن يتسبب تركيز مصب الفوسفوجيبس في منطقة محذية لهم في تلوث الهواء، المياه والتربة كما هو الحال بمدينة صفاقس، الصخيرة والمظيلة.  غضب أهالي المنطقة، التي تعد نحو 10000 ساكن، دفع الحكومة للتخلي عن هذا الحل سنة 2013.

 

في 2014، أعادت الدولة مناقشة الكلفة التقديرية لمشروع المصب الممول من طرف الاتحاد الأوروبي، وارتأت تعويضه ب »مشروع حوكمة » ملائم باعتبار خصوصيات المنطقة. هكذا انطلق « مشروع دعم الحوكمة البيئية المحلية والأنشطة الصناعية بقابس » (PGE Gabes) سنة 2015 والذي تقوده حاليا « خبرات فرنسا » –   France Expertises بتمويل يبلغ 5ملايين أورو من الاحاد الأوروبي.  في 2017 ، وذرف ليست تماما في منأى عن الخطر: تحرك أهالي قابس مجددا اثر صدور بلاغ عن الهيئة العلمية لولاية قابس في شهر فيفري يعلن عن نفس مشروع 2013 المتعلق بمصب الفوفسفوجيبس بوذرف آملين ايقاف عملية نقل مشروع دمر محيط المنطقة التي تحتضنه حاليا.

 

شط السلام: الضحية الأولى لهذا « العبئ التاريخي » 20  مارس 2017: هو تاريخ ذكرى الاستقلال، وهو أيضا اليوم الذي انطلقت فيه حملة »سكر المصب » . لم يمنع هطول الأمطار الناس من الالتحاق بالتجمع قريبا من مدينة قابس، للمشاركة في المسيرة نحو دار الشباب بشط السلام، وهو حي يبعد حوالي 500م عن المجمع الكيميائي التونسي. هناك، رُفع العلم التونسي وأُنشيد النشيد الوطني، قبل القاء الخطاب و انطلاق العروض المسرحية للأطفال والتي دعت الى الكف عن تلويث الشاطئ والبحر.

عندما التقيت منذ سنة بنادر، أحد حركيي شاطئ السلام، صارحني بأنه يأسف ل »سلبية مواطني الجهة »، الا أنه يتفهمهم فهم « يعتبرون بأنهم مواطنون من درجة ثانية ولم تقم السلطات بأي خطوة لحل المشكل منذ خمس سنوات فكل الوعود بإيقاف القاء فضلات الفوسفوجيبس في البحر وعلى الشواطئ لم يوف بها والخطط الدورية للتطهير دائما ما تؤجل.  » أما عن دور المجتمع المدني بشط السلام فقد « خصص وقته للبحث والتحليل، الا أنه اقتنع منذ 2015 بأنه لا جدوى من ذلك[27]فالمطالب تزداد تشددا بعد 45 من التلوث المستمر « [28]

تندرج حملة « سكر المصب » اذا في سياق اعادة توجيه التحركات حيث تهدف أساسا للتعبئة والضغط بالخروج الى الشوارع.  حدثني يسري وصفوان ورفاقهم، وهم من مؤسسي الحملة، عن الثلاثي الأول من سنة 2017: « قررنا تكثيف الأنشطة للدفع نحو ايجاد حلول جذرية: بعد تنظيم مظاهرتين يومي 20 فيفري و20 مارس، قام نشطاء « سكر المصب » بقطع طريق السكك الحديدية الذي ينقل الفسفاط من الحوض المنجمي الى المجمع الكيميائي بقابس يوم 3ماي » طالبنا بقرار حول الملف (القاء الفوسفوجيبس) اثر هذا التحرك في أجل لا يتعدى 15 يوما وقد أعلنت الحكومة بعد انعقاد مجلس وزاري يوم 15 ماي بأن « مؤتمر المجمع الكيميائي التونسي » المبرمج يومي 24 و25 ماي سيكون « موعدا للنقاش بين الوزراء والجمعيات لحل الملف »، هكذا حدثني يسري. منذ ذلك اليوم، وبعد انقضاء المؤتمر، لم يتم اتخاذ أي اجراءات.   أخبرني يسري: « نحن  بانتظار الموعد النهائي للإيقاف الكلي لإلقاء الفوسفوجيبس في البحر وهو يوم 30 جوان 2017 والذي حُدد في أكتوبر 2016 اثر اجتماع بين الوالي، ممثلين عن المعتمديات السبع لقابس وجمعيات المجتمع المدني. بعد أسبوعين سوف يعلمنا الوزير الأول بقراره النهائي ونحن نأمل بأن يحدد خطة عمل واضحة »[29] لنا عودة اذن للحديث عن « الحلول » التي ستقدمها الحكومة والمجمع الكيميائي التونسي بخصوص هذا الملف، خاصة وأن الأمر مرتبط بقضية أخرى لا تقل تعقيدا وأهمية ألا وهي: التلوث الهوائي

 

بوشمّة: « لقد ازرقّت وجوه أطفالنا…. »

 

6 ماي 2017: قطع الأولياء والأطفال الطريق أمام مدرسة بوشامة، والتي تقع على نفس الطريق الرئيسي المؤدي الى قابس، على بعد 3كم جنوبا، اثر نقل عديد الأطفال الى المستشفيات بعد اختناقهم بغاز ثاني أكسيد الكبريت المنبعث من المجمع الكيميائي التونسي والذي انتشر بمنطقة بوشامة صباحا.  وفي حركة تصعيديّة تنديدا بآثار التلوث،  نفذ الأهالي اضرابا عاما واعتصاما دام طيلة أسبوعين.

وصلت الى بوشمّة مباشرة بعد انتهاء الاضراب وفض الاعتصام. كل من اعترضني حدثني عن « سعيدة »، امرأة من متساكني المنطقة. بحثنا عنها طويلا في أزقة الحي المواجه للمدرسة، حتى وجدناها أخيرا تتبادل أطراف الحديث مع مجموعة من صديقاتها أمهات التلاميذ.  أخبرتني سعيدة عما حدث صبيحة يوم السبت 6ماي، حين أخبرها طفل يقطن بالحي باجتماع عدد كبير من الناس أمام مدرسة « عبد المجيد بوشامة »: « ركضت للالتحاق بهم دون تفكير، ففي ذلك الوقت كانت ابنتي شذى ذات التسعة أعوام تدرس هناك »[30] التقت سعيدة بمدير
المدرسة وبعض المعلمين الذين أعلموها بأن رائحة غازات اجتاحت أقسام المدرسة فجأة.

في البداية لم تكترث سعيدة  للأمر حيث حدثتني بأنها « كجميع أهالي بوشمة تأقلمت مع التلوث وتعايشت معه. لم أدرك حينها خطورة الأمر » إلا أنها بعد ذلك، وعند دخولها الى المدرسة ارتاعت لرؤية ابنتها زرقاء الوجه.  هرعت الى الخارج وقررت قطع الطريق، ودعوت كل الأولياء الذي جاؤو لرؤية أبناهم للالتحاق بي، واستجابت الأمهات لطلبي.

« لا زلت أشعر بتقصيري في الدفاع عن حقوق زوجي الذي توفي منذ 7 سنوات اثر حادث شغل بالمجمع الكيميائي التونسي. لا أقدر أن أعيش نفس التجربة مجددا وأفقد ابنتي »

نقلت سعيدة ابنتها في ذلك اليوم الى المستشفى، ف »مستوصف بوشامة،يفتقر لأبسط سبل العلاج« .  وضعت شذى على جهاز  التنفس بالأكسجين لمدة ساعة ونصف و »رفض الأطباء مدّنا بشهادة طبية. لم نستطع الحصول إلا على شهادة حضور. »

التقيت أيضا برتاج، ابنة صديقة سعيدة وتلميذة بنفس المدرسة، والتي أخبرتني بأن ا أطفال أيضا شاركوا في قطع الطريق في ذلك اليوم « تضامنا منا مع زملائنا المتضررين، كما قمنا يوم الاثنين التالي وبعد زيارة الوالي بالمشاركة في مسيرة دارت كل أرجاء المدينة ».  أحمد صديق رتاج المتواجد أيضا بالمكان أخبرني بأنهم لم يلتحقوا بصفوف الدراسة يومي الاثنين والثلاثاء. استؤنفت الدروس يوم الاربعاء ثم انطلق الاضراب العام يوم الخميس. أكدت لي سعيدة بأن النساء هن من صممن على مواصلة الاضراب لمدة 18ساعة رغم الاقتراحات التي دعت لإيقافه  « قاومن بشدة من شدة خوفهن على صحة أبنائهن ».

مطالب الاضراب الأساسية تمثلت في ايقاف التلوث وتحسين جودة الخدمات الصحية والظروف المدرسية. بعد أسبوعين عن انتهاء الإضراب لا زالت اللافتات معلقة أمام المدرسة، تطرح تساؤلات عديدة « أين الفصل 45 من الدستور؟ » « أين المستشفى الجامعي؟ » « أين حقوق المواطنة؟ »

تحدثت أيضا الى سارة، شابة التقيتها بصحبة سعيدة وأخبرتني بأنها تعاني عديد المشاكل الصحية: « لا يجدر بنا أن نقتصر على طرح هذا المشكل بل علينا الحديث عن جميع مشاكلنا: الهواء الملوث المسبب لمرض السرطان وإلقاء الأحماض في مياه البحر. نحن لسنا نطالب بتعويضات بل بحل جذري للمشكل الذي مازال سيخلف عديد الضحايا ».

«  يجب علينا الاتحاد وضم الصفوف الآن كما لم يجب من قبل » خير الدين، مناضل بتحرك « أوقفوا التلوث »

 

 

مشاكل مبسطة وحلول جزئية…

يؤمن خير الدين، الذي تابع وساند هذه الحركات الاحتجاجية، ب »ضرورة التنسيق بين مختلف هذه الديناميكيات » كما يحمل الحكومات المتواترة المسؤولية اذ « نجحوا في المماطلة بتنظيم الاجتماعات والمؤتمرات وأيضا في تشتيت الجهود بجلب الأنظار نحو مشكلة الفوسفوجيبس والتي قدموا خيار التخزين كالسبيل الوحيد لحلها. بعض الأشخاص سيقبلون بهذا الحل لشدة يأسهم، فهو حتما أسرع الطرق لإيقاف التصريف، الا أنه ليس الا مجرد فخ خطير لن يؤدي فقط الى الاحباط والخلافات المتصاعدة بين المناطق بل أيضا سيشيح النظر عن قضية التلوث الهوائي التي تخلف العدد الأكبر من الضحايا في قابس. »

أشار خير الدين الى مختلف الأنشطة التي دعت المجتمع المدني للتشاور ونشطت الحوار بينه وبين السلطات والمؤسسات الصناعية.  من بين هذه الأنشطة، « سعا مؤتمران محددان بوجه خاص الى توجيه الحوار بغية الحد من أفق الاحتمالات وتقييد البحث عن حلول مجدية. » ألا وهما: الملتقى المعلوماتي حول تثمين الفوسفوجيبس  المنتظم يوم 9مارس واللقاء الدولي الذي نظمه المجمع الكيميائي التونسي والمنعقد يومي 24 و 25 ماي الفارط.

 

التثمين: الفوسفوجيبس لتغطية الأدخنة؟

 

كان النشاط مفتوحا للجميع، وجمع بين كل من رجال الأعمال، المواطنين، الخبراء والممثلين السياسيين (نواب، ولاة…). خُصّصت الحصة الصباحية لعرضين من تقديم « خبير أجنبي » وآخر تونسي (الرئيس مدير عام السابق للمجمع الكيميائي التونسي في سنة 2013) والذي أشار بأن « الحكومات المتعاقبة ما انفكت تناقش وجهي المشكل بشكل عام (تلوث الهواء وتلوث الفوسفوجيبس) دون أن تركز فعليا على واحد منها ».     أما الخبير البلجيكي فقد أشار الى أن الهدف هو « وضع مخططات طريق للمستقبل باشتراك وجهات نظر خارجية ». بناء على ذلك، شرع في تقديم ظروف استغلال الفوسفوجيبس في تونس انطلاقا من الأبحاث والتجارب الأجنبية.

 

عالميا،لا تتجاوز نسبة استغلال الفوسفوجيبس ال%5 وهو ما « قد يساعد في فهم حقيقة المشكل ». هكذا وضّح الخبير قبل أن يُردف: « المشكل لا يخص تونس بشكل حصري، ولا وجود لحل سحري سريع ». كما قدّر بأن « نسبة الفوسفوجيبس بتونس لا تتعدى النسبة العالمية
للمعادن الثقيلة، تحديدا الراديوم، بالشكل المفزع الذي نتصوره ».
ثم ثمّن الانتاج التونسي السنوي للفسفوجيبس والذي يقدر بحوالي ال4.6 طن ووصفه « بمصدر للقوة ».

قام الخبير الأجنبي بعد ذلك باستعراض امكانيات ومخاطر استغلال الفوسفوجيبس حسب القطاعات. مثالا عن ذلك، في القطاع الفلاحي يُستخدم الفوسفوجيبس لتحسين تهيئة الأراضي الزراعية إلا أن ذلك قد يؤدي الى التسمم، عن طريق امتصاص المحاصيل للمادة أو عبر استنشاقها  خلال عملية التطبيق، أو تسمم المياه الجوفية. أما في علاقة بانتاج مواء البناء، يستخدم الفوسفوجيبس لصناعة الاسمنت، الجبس وحتى الأجر وهو ما يدفعنا للتساؤل عن امكانية تعرض المواطنين لاشعاعات خطيرة منبعثة عن هاته المواد.

أشار الخبير أيضا لاستعمالات أخرى في عديد القطاعات اذ يستخدم الفوسفوجيبس للحفاظ على استقرار الضفاف البحرية، كما يستعمل لتعبئة المناجم (مثلما تم في بلجيكا) وكذلك في عملية الاصطناع أو « التخليق الكيميائي ». يجدر بنا ذكر الشروط الضرورية التي تمكن من انتاج « مصدر قوتنا » : لا تزال دراسة تأثيرات الاستثمارات الضخمة، المخاطر،قواعد الاستخدام وما الى غير ذلك  غير موجودة، أو منقوصة بالأخص في تونس. رغم ذلك ينتهي الخبير الى الاستنتاج بأن  » عملية القاء فضلات الفوسفوجيبس لم تعد مقبولة وبأنه يجب بالضرورة تخزينها ».  من جهته، تحدث الخبير التونسي عن أهمية استغلال الفوسفوجيبس ودوره في خدمة مصالح البلاد، مثلا في استعماله لمنع تكلس التربة أو مكانته في اطار التنافس الاقتصادي مع المملكة المغربية وانتهى باستخلاص أن « الفسفوجيبس هو منجم للذهب !« 

خصصت فترة من أعمال هذه الحصة الصباحية للتفاعل والنقاش الحر، عبّر خلالها عديد النشطاء عن تخوفهم من الحلول المقترحة لمسألة التلوث التي تم معالجتها حسب تقديرهم انطلاقا من رؤية محدودة غير شاملة خاصة في علاقة بقطاع الفوسفوجيبس في مدينة قابس.  « أخشى أن تدمر هذه الندوة كل أهدافنا ونضالاتنا من أجل البيئة والصحة السليمة فقد صوّروا لنا الفضلات الكيميائية على شكل ثروات ! » هكذا عبر أحد أهالي شط السلام عن رأيه.  خلال الحصة المسائية، تم تنظيم ورشة هدفت ل »اقناع الجميع بتثمين الفسفاط » والتفكير في مجالات استخدامه، العوائق، الأهداف ومراحل الاستعمال بالنسبة لكل من القطاعات المذكورة.  من بين الخطوات الذكورة سعت نقطتان بشكل خاص لتحويل وجهة النقاش نحو الغاء تصنيفه ضمن الفضلات السامة (بل عنصر مساعد للانتاج) وتثمين تخزينه.

لئن طرحت النظريات المقترحة حلولا عملية لتشجيع ايقاف القاء فضلات الفوسفوجيبس، الا أنها تظل حلولا سطحية لفض النزاع وللدفع نحو تقبل عملية تخزينه. خير الدين اعتبر بأن هذه النظريات ماهي إلا جزء من الحل « لأنه والى حد الآن لم يقترح أي طرف امكانية تفكيك ونقل المجمع الكيميائي التونسي بعيدا عن قابس رغم وجود أماكن معزولة وبعيدة عن الأحياء السكانية مما يحد الأضرار البيئية بشكل كبير. ما يلزمنا الآن هو حل لمسألة الفوسفوجيبس يؤسس لإيجاد حلول شاملة ».

تصور مشترك مرجو وممكن: نقل المجمع الكيميائي التونسي

يشاطر علي، مهندس مختص متقاعد في الكيمياء البيترولية ،جل الأهالي هذا الرأي وقد شارك في الندوة التي نظمها المجمع الكيميائي التونسي يومي 24 و25 ماي الفارط والتي هدفت الى « معالجة ملف الفوسفوجيبس » حسب ما أخبرني مناضلو شط السلام.

يشير علي الى « الحلول الثلاثة المقترحة ألا وهي: التخزين، الاستغلال وتفكيك وحدات انتاج حمض الكبريت وحمض الفوسفور المكونان الأساسيان لفضلات الفوسفوجيبس. » وقد فسر لي خلال الندوة بأن مداخلات الخبراء وإطارات المجمع الكيميائي التونسي تصب كلها في نفس الاطار: ضرورة التخزين لاستحالة الاستغلال بدونه.

يخمّن علي بأن التخزين اقتُرح بطريقة تقدّمه على أنه الأنسب والأسرع رغم أن « فعاليته لن تبدأ إلا بعد مرور 5سنوات » (مع الاشارة بأنه ان تم تحويل الطريق فعليا حتى وذرف سيحطم المشروع ا أرقام القياسية). « مع أن الخمس سنوات كافية لتطبيق الحلول الثلاثة ».

شجع المشروع المقترح خلال الندوة على التفكير أكثر في هذا الاحتمال: مشروع استثمار مشترك بين تونس والصين بقيمة 400 مليون أورو يمكّن من استغلال 20000 متر مكعب من الفوسفوجيبس يوميا لصناعة الاسمنت، أي ما يقدر بنسبة 50% من النتاج اليومي بقابس. تم استكمال المرحلة التقنية للمشروع (دراسة الجدوى وما الى ذلك…) و اقتُرح على الوزارة تركيزه في منطقة الصخيرة في أجل 3سنوات فقط.، أي بنفس المنطقة التي تحتضن وحدة تصنيع الحمض الفوسفوري الخاصة بالمجمع الكيميائي التونسي و « سيخلق المشروع أكثر من 2000 موطن شغل ».

حسب تقدير علي: « المبلغ المالي المخصص من طرف الاتحاد الأوروبي للحد من التلوث البحري بقابس يكفي لتفكيك وتحويل وحدات الانتاج بالصخيرة مما يمكن من ايقاف تلوث الفوسفوجيبس وانبعاثات حمض الكبريت والفسفور في قابس »

 

جوان 2017: قابس، ان شاء الله لاباس

* »ان شاء الله لاباس » عبارة تونسية لتمني الشفاء لشخص مريض، أو لتمني تحسن الأحوال بشكل عام.

هل سيمكن تفكيك المجمع الكيميائي التونسي – أو تحويله بحلول 30 جوان القادم من ايقاف مأساة قابس ؟

« ننتظر كلنا وبفارغ الصبر قرار الوزيرة هالة الشيخ روحو الموعود وخارطة الطريق المقرر صدورهما في شهر جوان. » هكذا حدّثني خير الدين « يجب تصعيد الضغط في الأسابيع المقبلة للدفع لإصدار القرار ».

قام تحرك » أوقفوا التلوث » منذ أيام بتقديم عريضة في قابس تدعو ل »تفكيك الوحدات الملوثة » كما وجّهت نداءا « للنشطاء في مجال البيئة على المستوى الدولي » لطلب الدعم على نطاق أوسع . يحضّر التحرك أيضا لمظاهرة في أواخر شهر جوان بالتعاون مع صيادي المنطقة.

 

في حال لم يف الدستور التونسي بوعوده في علاقة  بالحق الدولي في بيئة سليمة، وتواصل تجاهل السلطات والصناعيين لاستغاثات أهالي قابس،  ألم يحن الوقت للتضامن الوطني والدوليو تفعيل الدعم للنضال ضد واحدة من أكبر وأقدم الجرائم البيئية المقترفة في تونس باسم التنمية والنهوض بالصادرات ؟

 


[1] صفحة الجمعية على موقع فايس بوك: https://www.facebook.com/AssociationDeSauvegardeDeLOasisDeCheniniGabesasoc/

[2]  الموقع الالكتروني لمنظمة الأمم المتحدة للتربية والعلم والثقافة (UNESCO) http://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/5386/

[3]  لقاء بتاريخ 28 أوت 2016

[4]  لقاء بتاريخ 25 أوت 2016

[5]  الوثائقي متوفر على هذا الرابط بموقع الحبيب العايب https://habibayeb.wordpress.com/2015/11/22/gabes-labess-online-en-ligne/

 

[6]  SOS Environnementصفحة الفايس بوك Gabès : https://www.facebook.com/sos.environnement.gabes/

[7]  كالمرسوم عدد 2010 – 2519 الذي يحدد النسبة الأقصى للانبعاثات الهوائية الملوثة

[8]  « اصلاحات سياسية متعلقة بالتصرف في الفوسفوجيبس بتونس، المرحلة الأولى: تقييم للوضع الراهن » 2012 مخطط عمل لمنطقة المتوسط، برنامج الأمم المتحدة للبيئة/ برنامج الأغذية العالمي

[9]  المرسوم عدد 2000 – 2339 

[10]  ذكرت كل هذه المعلومات في تقرير برنامج الأمم المتحدة للبيئة الذي أشرت اليه سابقا

[11]  لقاء بتاريخ 27 أوت 2016

[12]  لقاء بتاريخ 25 ماي 2017

[13]  لقاء بتاريخ 26 ماي 2017

[14]  لقاء بتاريخ 28 أوت 2016

[15] موروث تونس من التلوث في مواجهة السياسات الديمقراطية، ايريك قولدستاين 2014 Eric Goldstein, « Tunisia’s legacy of
pollution confronts democratic politics », 2014 : 
https://www.opendemocracy.net/north-africa-west-asia/eric-goldstein/tunisia’s-legacy-of-pollution-confronts-democratic-politics

[16]  S. Ilse et F. Houissa, « Gabes –
Une oasis tunisienne toujours polluée », article
مقال: « قابس – الواحة
التونسية الملوثة دائما »
 disponible sur le site de la Fondation
Heinrich Böll, Afrique du Nord : 
https://tn.boell.org/fr/2016/07/04/gabes-une-oasis-tunisienne-toujours-polluee

جمعية مرخص من طرف وزارة البيئة ومراقبة نوعية الهواء بمنطقة بروفانس آلب كوت دازير بجنوب شرق فرنسا. مكونة من وحدات اقليمية، ادارات حكومية ومنشآت عمومية، صناعية، جمعياتية وأشخاص ذوي كفاءة في مجال الصحة[17] http://www.airpaca.org/article/lassociation-air-paca

[18]  صفحة الجمعية على الفايسبوك https://www.facebook.com/APOCSG/

[19]  الصفحة 23 – 24

[20]  الموقع الالكتروني للمشروع http://pge-gabes.org/

[21]  لقاء بتاريخ 26 ماي 2017

[22]  « تقرير: حشد دولي ضد التلوث بقابس » د.روبرت – نواة، أكتوبر 2016 

[23]  لقاء بتاريخ 26 أوت 2016

[24]  في هذا الصدد، يجدر قراءة مقرر الندوة الدولية حول « القاضي والبيئة » التي نظمتها كلية الحقوق بصفاقس والفيدرالية التونسية للبيئة والتنمية بقلم جيهان المثلوثي بالجريدة الرسمية للجنوب la Gazette du Sud في مارس 2017

[25]  لقاء بتاريخ 28 ماي 2017

[26]  للقراءة أكثر عن الموضوع: « الحركات الاجتماعية في تونس تتحد » ت. برزيلونT. Bresillon

[27]  لقاء بتاريخ 27 أوت 2016

[28]  اشارة لعنوان مقال بقلم هندة الشناوي على موقع
نواة والصادر في أفريل 2017   

[29]  لقاء بتاريخ 26 ماي 2017

[30]  لقاء بتاريخ 25 ماي 2017

[:]

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here