par Zoé Vernin

(Coordinatrice Justice sociale et climatique FTDES)

*Enquête réalisée avec l’Observatoire Tunisien de l’Eau en mai dernier

« Le puit des chameaux de Si -monsieur- Abbès ». Nommée et connue dans le passé pour sa source d’eau, la petite ville de Mejel Bel Abbès en est aujourd’hui malade, car ses ressources hydriques manquent ou ne sont plus potables. En avril, Montasser, un enfant de 6 ans, est décédé d’une hépatite A qu’il avait contracté dans son école. Une épidémie est, à demi-mot, déclarée par les autorités, sur ce territoire qui manifeste souvent et depuis longtemps, pour revendiquer « le développement ».

Mejel Bel Abbès, est un territoire « à l’intérieur » du triangle que forment Kasserine, Sidi Bouzid et Gafsa.  C’est une des treize délégations de Kasserine, classée 261ème délégation sur 264 en Tunisie selon un indicateur de développement régional. L’épidémie d’hépatite A est-elle un des symptômes de cette marginalisation régionale ? Parmi les causes d’apparition et de propagation de cette maladie, la gestion des ressources en eau et des infrastructures est une problématique cruciale tant sur le plan de l’accès que de sa qualité.

C’est en tout cas ce que révèle douloureusement la situation à Mejel Bel Abbès.

“Dégagez, Dégagez, les monstres ! »

Lorsque nous arrivons à Mejel Bel Abbès ce jeudi 11 mai, nous venons de parcourir 60 km depuis Kasserine sous un ciel bas et blanc recouvrant des plaines semi-arides et quasi-désertes. Alors que l’on ne s’y attend presque plus, une ville perce enfin l’horizon des steppes. Il est 10 heures, ni le soleil ni les nuages ne sont venus lever ce voile opaque surplombant la rue principale, animée surtout par les terrasses de cafés disparates mais bondées. Nous avons rendez-vous avec Abdallah et Yassine, habitants de Mejel Bel Abbès et membres actifs de l’Union des diplômés chômeurs (UDC). Avec un taux de 45,35% de diplomés au chômage (le plus fort taux de tout le gouvernorat de Kasserine), la section locale de l’UDC compte 200 adhésions. L’UDC joue un rôle moteur dans « le mouvement local qui manifeste tous les deux mois environ, pour revendiquer le développement et notamment l’accès aux services vitaux ». « Marqué par la marginalisation », le territoire de Mejel Bel Abbès est situé dans un gouvernorat (Kasserine) considéré comme « victime d’exclusion socio-économique en Tunisie »[1].

Abdallah et Yassine reviennent sur les dernières actions organisées au mois d’avril.  L’aggravation de la situation sanitaire liée à l’épidémie d’hépatite A a exacerbé les inquiétudes et les sentiments d’injustice et a fini par canaliser les efforts de mobilisation : « Depuis les premiers signes d’infection et d’épidémie en décembre, les instituteurs ont essayé d’alerter mais en vain, le sujet est resté tabou. Une journée de protestation a alors eu lieu en avril, un peu avant le décès de Montasser » m’explique Yassine.

Comme beaucoup d’autres enfants de Mejel Bel Abbes, Montasser est un petit garçon de 6 ans qui a contracté l’hépatite A à l’école. Faute de moyens au dispensaire de Mejel Bel Abbès et à l’hôpital régional de Kasserine, il est décédé le 21 avril, loin de chez lui, à l’hôpital de Sousse.

Le 24 avril, les habitants de Mejel Bel Abbès soutenus par diverses organisations (notamment l’UDC et l’UGTT de Mejel Bel Abbes) ont déclaré une manifestation et une grève générale pour l’ensemble des commerces, établissements scolaires, entreprises et administrations publiques.

Au centre, la photo de Montasser, « Koulna Montasser – nous sommes tous Montasser ». A gauche, « Mejel Bel Abbès : la zone industrielle ? les projets bloqués ? les services de base ? la discrimination positive ? », mais aussi « Ensemble pour une vie digne, on demande 10% des revenus de la société SERGAZ, on va intensifier notre mobilisation jusqu’à la satisfaction de nos revendications », etc.

Les slogans et les pancartes témoignent de l’ensemble des problématiques de Mejel Bel Abbès. Pour Yassine, « les revendications sont clairement liées. Tout d’abord, cela consiste à interpeller les autorités sur l’urgence de la situation sanitaire, notamment l’augmentation constante des cancers du sein pour les femmes, et en ce moment l’épidémie d’hépatite A qui est liée aux défaillances des services de distribution de l’eau et de l’absence d’infrastructure d’assainissement. Mais aussi, car les autorités en ont le pouvoir, elles peuvent relancer les projets bloqués, à savoir les lignes de transports, l’installation d’une zone industrielle, l’électrification des puits et forages déjà existants. Enfin, on demande l’accès à l’information, l’ouverture des données. Dans le cas de l’épidémie de l’hépatite A par exemple, les autorités n’ont pas toujours voulu reconnaître la situation ou ont alors minimiser la gravité, sous-estimer les chiffres ». Le manque de diffusion, d’exactitude ou de clarté des informations, a vraisemblablement retardé la prise de conscience de l’ampleur de l’épidémie, et n’a surtout pas permis de l’endiguer et de la traiter en conséquence. De nombreux témoignages fustigent d’ailleurs les autorités et les services compétents pour avoir ainsi chercher à se soustraire à leurs obligations. 

“Dégagez, Dégagez, Dégagez, les monstres ! L’hépatite nous a tués Et vous, vous n’avez pas compris !”

Après la mort de Montasser, certains témoignent que « des tentatives de pression » ont manifestement œuvré dans le même sens. Les écoles ont été ciblées, accusées de ne pas avoir assuré leurs missions de propreté et d’hygiène. Plus indigne encore, on a vraisemblablement cherché à rendre coupables les parents de Montasser avec les résultats d’un rapport du ministère de la santé, analyses médicales à l’appui, indiquant que l’enfant était décédé d’une « hépatite toxique », soit « une hépatite non virale provoquée par l’automédication, notamment par des herbes toxiques ». Le pédiatre de Montasser aurait lui, subi des pressions pour avoir contesté ces conclusions en soulignant que Montasser était bien atteint d’hépatite A.

Lors de notre visite à Kasserine, nous avons rencontré Leila Hajji, gastro-entérologue, qui a mis fin à cette confusion : « On ne peut développer une hépatite toxique sans avoir contracté auparavant une hépatite A. Alors si l’hépatite toxique peut s’avérer être effectivement la cause directe du décès -l’hépatite A est mortelle selon un très faible pourcentage-, la question à se poser est pourquoi a-t-il pris des plantes médicinales ? Très probablement pour se soigner et calmer ses douleurs faute d’autres moyens, l’hépatite A étant une inflammation du foie pouvant provoquer entre autres, de forts maux de tête et des diarrhées ». « L’argument de l’hépatite toxique » semble ainsi s’inscrire dans une stratégie de désinformation et s’avérer l’ultime moyen de détourner l’attention de la crise sanitaire que signale l’épidémie d’hépatite A.

« Une épidémie continuelle en Tunisie »

Dans une interview donnée à la presse, Ahlem Gzaran, directrice de la médecine scolaire et universitaire, considère désormais « l’hépatite A comme une épidémie continuelle en Tunisie, étant donné que 1467 cas ont été enregistrés en 2016 et 515 pour les seuls mois de janvier et février 2017 ». D’après les recensements, elle affirme que « les régions les plus touchées sont Kasserine, Sidi Bouzid, Gabès, Kairouan, Mahdia et Sousse ». Dernièrement, « un comité de spécialistes dont les objectifs sont l’élimination de la maladie» et « un programme de vaccination contre l’hépatite A pour l’année 2018 » auraient été mis en place au sein du ministère de la santé.

Face à l’urgence, ces solutions sont-elles vraiment efficace ?

« Parmi les causes infectieuses, l’hépatite A et E sont associées à des approvisionnements en eau insuffisants ainsi qu’à un assainissement et une hygiène de mauvaise qualité » et l’hépatite A est considérée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme « une maladie liée à l’eau ». La transmission s’effectue par voie fécale-orale de personne à personne ou par des aliments ou de l’eau contaminés. Ainsi, la vaccination parait illusoire  pour le nombre de potentiels « malades de l’eau » et le coût de 40 dinars à charge des familles est un obstacle supplémentaire.

Les écoles de Mejel Bel Abbès,  foyers de l’épidémie, manquent d’eau potable

 A Mejel Bel Abbès, l’hépatite A est apparue et s’est transmise surtout au sein des écoles primaires. Nous nous sommes donc rendus dans trois écoles, pour constater qu’effectivement, les problématiques d’hépatite A et d’eau sont liées.

A l’école primaire El Abbassia : « l’absence de chlore dans l’eau a été constatée dans un rapport puis effacée au marqueur » 

C’est Omar, le directeur, qui nous accueille dans l’école El Abbassia où étudiait Montasser, au centre-ville de Mejel Bel Abbès.

Omar nous explique qu’il a pris l’initiative d’archiver lui-même les diagnostics des élèves infectés par l’hépatite A, « la direction de la santé ne voulant pas donner les chiffres exacts ». Alors qu’il nous montre les 52 certificats communiqués par les parents, un professeur entre dans la salle pour en déposer un 53ème sur la table devant nous. « Cela représente un quart des écoliers de l’établissement » se désole Omar. En décembre, il se souvient avoir déclaré la première infection et n’a obtenu aucune réaction des autorités compétentes. Il a alors insisté en janvier pour qu’un contrôle sanitaire des services du gouvernorat soit réalisé, ce qui n’arrivera finalement qu’en février. Selon lui, le nombre de cas d’hépatite déclarés par ce service minimise le nombre réel d’élèves infectés. En effet, le registre des cas déclarés en 2017 dans le gouvernorat de Kasserine, demandé au service régional de Santé, ne recense que 11 élèves de l’école Abbassia pour cette période.

Omar évoque aussi que dans le premier rapport établi après la visite des services  « l’absence de chlore dans l’eau à l’origine constatée et mentionnée, a été effacée au marqueur pour déclarer l’eau potable  », falsification criminelle. Nous nous déplaçons ensuite vers les seuls points d’eau de l’école, les blocs sanitaires raccordés aux services de la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE). « Comme la plupart du temps, l’eau est coupée aujourd’hui » nous montre Omar. Les blocs sanitaires sont propres et en bon état, mais « ce n’est pas si facile de garantir une salubrité minimale sans eau et avec un budget de 105 dinars par an censé couvrir autant les produits de nettoyage et d’hygiène que les cahiers et les crayons » renchérit Omar d’un ton désespéré. Ala de l’Observatoire tunisien de  l’eau, constate aussi que « la distance séparant les fosses septiques et les blocs sanitaires est très inférieure à la limite réglementaire », ce qui peut en l’occurrence s’avérer un des facteurs aggravant de l’apparition et la propagation de l’hépatite A.

A l’école primaire Sidi Rabeh, « les enfants viennent avec leur propre bouteille d’eau »

On reprend la route pour s’éloigner de la ville et retrouver les plaines arides, où les habitations se dispersent peu à peu. On s’arrête dans un hameau comptant au plus une dizaine de maisons et une petite école qui accueille les 42 enfants des alentours.

Le réservoir de l’école.

L’école dispose elle aussi de blocs sanitaires propres et en bon état, mais il n’y a pas d’eau ici non plus. Raccordé non à la SONEDE, mais à un Groupement de Développement Agricole (GDA), ce système d’approvisionnement en eau ne parvient pas à assurer les besoins en eau de l’école. Alors, tous les 15 jours, l’école fait acheminer une citerne pour remplir le réservoir de 30m3, ce qui lui coute annuellement 300 dinars. Comme c’est encore insuffisant, les enfants ramènent leur propre eau en bouteille. Ici aussi, « le budget fournitures est largement insuffisant » (moins de 100 dinars par an) nous informe le gardien. Il nous explique alors « devoir payer parfois de son propre argent les produits pour désinfecter l’eau à chaque remplissage du réservoir ».  Ces derniers mois, il y a eu également des cas d’hépatite A dans l’école, mais lors du dernier contrôle des services de santé tous les élèves n’ont pas été examinés. De plus, « les agents de la santé, même s’ils visitent régulièrement l’école, ne nous communiquent pas les résultats d’analyse » témoigne le gardien qui aimerait « connaître surtout, les résultats de la qualité de l’eau chaque fois qu’ils viennent la prélever ».

A l’école primaire Essmaalia, « on a essayé de convaincre les parents de ne plus envoyer leurs enfants à l’école »

A quelques kilomètres, l’école Essmaalia se situe aussi en « milieu non communal » dans un hameau semblable à celui que nous venons de quitter. Elle accueille 110 écoliers. Un de leurs professeurs nous explique que « c’est la première école à Mejel Bel Abbès où les parents ont fait fermer eux-mêmes l’école en raison de l’épidémie d’Hépatite A ».

Les recommandations du tableau accroché sur un des murs de l’école : « 1) Il faut veiller à la propreté de l’école, 2) à l’hygiène des élèves, 3) Il faut se laver les mains avec du savon et de l’eau, 4) Il faut boire de l’eau potable propre, 5) Il faut déclarer n’importe quel changement de l’état de santé, 6) Il faut laver les fruits et les légumes avec du produit désinfectant, 7) il faut éviter de jouer avec les enfants qui ont l’hépatite A » (!!!)

 

Le professeur poursuit : « Comme les services de la santé ne prenaient pas la décision de fermer l’école et ce, malgré les 11 cas d’hépatite qui ont été déclarés, nous avons cherché et réussi à convaincre les parents de ne plus envoyer leur enfant pendant une petite période ».

Raccordée également à un GDA, « mais pas directement au puit », les coupures d’eau sont ici encore répétitives et le peu d’eau qu’il reste dans le réservoir croupit. L’école a donc recours à des citernes d’eau et chaque semaine, 5m3 d’eau sont acheminés pour 25 dinars, payés grâce à une collecte organisée par les enseignants. Un autre exemple criant de la désertion de l’Etat nous est donné par le professeur qui oscille entre colère et désespoir : « On a demandé un drapeau de l’Etat Tunisien pour le dresser à l’entrée de l’école, mais ses services ne veulent pas dépenser cet argent. Même ça, c’est à nous instituteurs, de le prendre en charge ! ».

Les écoles de Mejel Bel Abbes au coeur des problématiques régionales d’eau potable et d’épidémie d’hépatite A.

Est-ce une coïncidence que Kasserine soit à la fois l’un des gouvernorats les plus affectés par les épidémies d’hépatite et le gouvernorat dans lequel les écoles sont le moins bien desservies en eau potable (27,2% des écoles desservies en eau potable alors que la moyenne nationale s’élève à 66,7%)[2] ?

 

A Majel Bel Abbès, 2 écoles sur 25 sont desservies en eau potable par la SONEDE[3]. Dans les territoires ruraux et, notamment dans « les milieux non-communaux », la desserte en eau est principalement du ressort des GDA comme à Mejel Bel Abbès pour 75,42% des ressources[4].  Selon l’évaluation[5]16 écoles sont donc raccordées à des GDA, dont les écoles Sidi Rabeh et Essmaalia qui, recourent en réalité aux citernes. Pour les sept autres écoles, l’évaluation révèle qu’elles se procurent l’eau soit par « citerne fixe » (2), par « citerne tractée » (1), par « puits privés » (2 considérés « mal aménagés ») ou signale que l’eau est carrément « indisponible » (2). Ces systèmes « alternatifs » posent alors la question du prix. Pour reprendre l’exemple de l’école Essmaalia qui recoure aux citernes de marchands d’eau pour 5 dinars le m3, le prix est ainsi 5 à 16 fois celui de l’eau délivrée par les GDA, « qui varie normalement entre 300 millimes/m3 et 1 dinar/m3 » précise Ala de l’Observatoire Tunisien de l’eau.

Mais ces conditions d’approvisionnement soulèvent surtout la problématique de la qualité de l’eau. Selon la même évaluation, sur les 15 écoles contrôlées, seules les eaux de deux écoles sont « chlorées ». Ce sont celles raccordées à la SONEDE, dont l’école El Abbassia où le directeur affirmait pourtant que ce résultat avait été falsifié. Pour Ala de l’Observatoire Tunisien de l’Eau, ce résultat est significatif dans un contexte d’épidémie d’hépatite, « le chlore étant le principal procédé de désinfection de l’eau, il empêche normalement la multiplication de germes, comme les bactéries, les virus ». Ce résultat inquiétant est également à replacer dans un contexte où l’Office National d’Assainissement est absent de la délégation et où le service municipal d’assainissement ne fonctionne plus. 

L’épidémie d’hépatite A ou le signal de trop : zéro garantie des services sur la qualité de l’eau

Dans une situation d’alerte relative à l’hépatite A, au-delà des diagnostics et des prises en charge sur le plan médical, quelle procédure ou quelles mesures ont été lancées par les différentes autorités et pour endiguer l’épidémie ? En d’autres termes, comment interviennent-elles « en urgence » sur les causes de la crise sanitaire, à savoir sur les mauvaises conditions d’accès, et l’absence de qualité de l’eau ?

A qui la faute ?

Aux responsables de la distribution de l’eau ?

Nous nous sommes d’abord rendus au Commissariat régional au développement agricole (CRDA rattaché au ministère de l’agriculture), pour échanger avec les agents de « la cellule GDA » chargée d’assister les GDA du gouvernorat sur le plan technique et matériel.  En effet, responsables de 75,42% des ressources en eau à Mejel Bel Abbès, les GDA sont au nombre de 29 pour l’eau potable, 7 pour l’eau d’irrigation et 6 mixtes.

Les GDA sont des associations composées en principe des propriétaires et des exploitants agricoles, chargées de « la protection des ressources naturelles et la rationalisation de leur utilisation » ainsi que du bon fonctionnement « des équipements ruraux nécessaires » (article 5 du décret n°1819 de 1999). Dans la grande majorité des GDA, ce sont des bénévoles qui gèrent ces infrastructures de pompage, stockage et de distribution ainsi que les ressources en eau. Présentées à leur création par le régime de Ben Ali comme un « mode de gestion participative »[6], les GDA sont la cible de beaucoup de critiques en Tunisie et accusés « d’assoiffer les ruraux »[7].

Lorsque nous évoquons les problèmes d’eau que révèle l’épidémie d’hépatite A à Mejel Bel Abbès avec Fathi Briki, le responsable de la cellule GDA, il nous renvoie aux missions des services de santé régionaux chargés de réaliser des contrôles sur la qualité de l’eau. Nous essayons de savoir alors, comment ces derniers mois, la CRDA ou même les GDA ont tenté de répondre aux problématiques de la desserte et de la qualité de l’eau.  En vain. Pour Fathi, les problèmes résultent principalement « du manque de culture sanitaire des écoliers », mais aussi de « l’égoïsme de certains citoyens qui s’accaparent l’eau ». Réticent à aborder les difficultés éprouvées par les GDA, il s’en tient « aux raccordements anarchiques et aux vols d’équipement » pour nous évoquer « les causes des dysfonctionnements ». 

Deuxième distributrice d’eau, la SONEDE à Kasserine nous communique les résultats des trois échantillons réalisés en avril dans une maison et deux cafés de Mejel Bel Abbès. Ils sont jugés « conformes » par Khitem Ben Rahma qui travaille à la SONEDE de Kasserine et nous assure que « tous les réservoirs à Kasserine sont bien entretenus ». Nous sommes par la suite allés visiter le seul réservoir de la SONEDE à Mejel Bel Abbes (300m3) qui approvisionne 3000 abonnés.

Ces photos publiées sur facebook par l’Observatoire Tunisien de l’Eau ont été partagées de nombreuses fois. Selon Abdallah et Yassine, de nombreux habitants auraient depuis arrêtés de boire l’eau du robinet. La SONEDE pour sa défense, dément en affirmant que « ces photos ne sont pas de Mejel Bel Abbes », mais a cependant réaliser quelques travaux.

Aux responsables de l’assainissement ?

Pour Aloui Mohamed Habib et Ahmed Mansouri de la municipalité de Mejel Bel Abbes, « en ville, les problèmes de l’eau viennent essentiellement des fosses et des égouts bouchés ». La municipalité étant normalement responsable de décharger les fosses septiques, ils regrettent « de ne pouvoir régler ces problèmes en raison de l’absence de station d’épuration, retardée pour des raisons foncières par les habitants qui s’y opposent et par un blocage au niveau du gouvernorat ». Ils regrettent faute de budget, « d’avoir pu seulement nettoyer les alentours des écoles et certains puits et citernes, et mener quelques actions de sensibilisation pour essayer de répondre à la crise sanitaire ».

A l’ONAS, nous avons rencontré Neji Badri qui nous a confirmé l’absence d’agents et d’infrastructures dans la délégation. Il nous confirme qu’à Mejel, « il y a un réseau municipal, mais pas d’exutoire ». Dans ce contexte d’épidémie d’hépatite A, « l’ONAS est venu début mai et a conseillé les habitants de Mejel Bel Abbes de se débrancher de ce réseau et de construire des puits perdus dans un délai de 15 jours » nous explique-t-il.

Aux services régionaux de santé ?

Accusant beaucoup de critique de la part des écoles et des personnes rencontrées à Mejel Bel Abbes, la Direction Régionale de la Santé (DRS) nous a communiqué beaucoup d’explications Selon Chawki Hermassi du service de santé en milieu scolaire, le nombre de cas enregistrés par son service ne représente pas la totalité des personnes infectées car beaucoup consultent et sont répertoriés à Gafsa (plus proche de Mejel Bel Abbes que Kasserine) et les médecins chargés de déclarer leur diagnostic aux services de santé ne le font pas systématiquement. Les diagnostics épidémiologiques menés à Mejel Bel Abbes par les agents de son service comprennent trois volets (enquête scolaire, enquête ménage et enquête environnementale). Ils ont notamment prescrit des évictions scolaires pour « les cas confirmés ». En effet, comme il est aussi possible de le lire dans le Guide National d’Epidémiologie d’Intervention[8] réalisé par le Ministère de la santé, en cas d’épidémie d’hépatite, un des objectifs de surveillance des agents est avant tout « d’évaluer les mesures de luttes et de prévention », la DRS n’ayant pas toutes les compétences pour les appliquer. Il nous explique d’ailleurs qu’il revient au ministère de l’éducation de prendre la décision de fermer l’école, et de manière générale de mener les actions nécessaires sur la base des évaluations annuelles (conditions d’hygiène, de sécurité, d’accès à l’eau, etc.) que lui remet la DRS.

En attendant, des résultats d’analyse de la qualité de l’eau alarmants

C’est enfin les services de santé qui nous ont communiqué les résultats des prélèvements de l’eau effectués dans les différentes délégations en 2016. A Mejel Bel Abbès, on constate une absence totale de chlore dans tous les réservoirs des GDA et une très faible présence dans leurs réseaux de distribution. « Dans le cas du gouvernorat de Kasserine et surtout de la délégation de Mejel Bel Abbes, les résultats d’analyses de chlore libre sont en lien direct avec les résultats de contrôle bactériologiques alarmants et non conformes à la norme tunisienne NT 09.14 de l’eau des GDA » conclue Ala de l’Observatoire Tunisien de l’Eau. En effet, 15,5% des échantillons prélevés dans les réservoirs des GDA et 28,3% prélevés dans les réseaux présentent des signes de contamination bactériologique, soit souvent des germes indicateurs de contamination fécale. Les résultats de la SONEDE sont bien meilleurs : le réservoir contient du chlore et ne présente aucun signe de contamination. Dans ses réseaux, si 20% des échantillons ont montré une absence de chlore, aucun n’a présenté de contamination bactériologique.

Lors d’une épidémie d’hépatite A, le guide du ministère recommande notamment les mesures de prévention suivantes : « Protéger, purifier et chlorer l’eau d’approvisionnement public », et « Améliorer la desserte en eau et des conditions d’assainissement de base ». Dans le cas de Mejel Bel Abbès, d’après la majorité des fonctionnaires rencontrés, ces mesures n’ont vraisemblablement pas été adoptées « faute de moyens et d’infrastructures » mais surtout « faute de coordination ». 

 « Faute de coordination »

Mourad Zougar nous a aidé à mieux comprendre les raisons de l’absence de coopération en matière de qualité de l’eau à l’échelle du gouvernorat de KasserineIl travaille au sein du Projet Eau de Kasserine (PEK), projet piloté et financé (en dons) par la Coopération suisse et qui vise à l’amélioration de la qualité de l’eau par la réhabilitation des infrastructures, l’implication de la société civile, le dialogue et la coopération institutionnelle.

« On a notamment constaté que la répartition des responsabilités entre les différents intervenants n’était pas claire, notamment entre ceux qui exploitent et approvisionnent en eau de boisson et ceux qui ont pour mission de surveiller la qualité de l’eau » nous explique Mourad. Pour lui, « ces constats ont rendu nécessaire l’élaboration d’une stratégie régionale assurant la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine en zone rurale ». Plusieurs actions stratégiques ont été définies et répartissent les responsabilités entre la CRDA, les GDA et la DRS. Donc les termes et les mécanismes d’appui et de coordination, notamment « en cas de situation de crise ».

Au niveau local, si « la GDA est responsable de la qualité de l’eau », elle doit ainsi pouvoir compter sur « les autorités régionales concernées (CRDA et DRS notamment) en mesure d’apporter l’encadrement, la formation et le soutien logistique nécessaires ». En matière de qualité de l’eau, le manque de moyens et de capacités des GDA a été aussi souligné par un rapport d’International Alert réalisée par Raoudha Gafreh en juin 2017 sur la gouvernance de l’eau à Kasserine[9]. Le rapport explique notamment que « l’absence de désinfection résulte généralement de l’état médiocre des installations : l’absence de purge entraine une stagnation de l’eau dans les réseaux » et « qu’il s’agit d’une situation chronique et structurelle, notamment due au manque de responsabilisation et à un travail bénévole peu performant ». « La création de comités régionaux spécifiques au secteur de l’eau » qui semble s’imposer selon l’auteur de ce rapport, pourrait s’incarner dans « l’équipe de travail mixte devant se réunir une fois par mois » recommandée par la Stratégie régionale.  « En l’occurrence, l’équipe qui a été formée n’est pas encore très fonctionnelle » observe Mourad qui compte  beaucoup sur le rôle que peut jouer la société civile.

Nous avons lors de notre visite à Kasserine, rencontré Sofien, président de l’Association régionale de protection de l’environnement à Kasserine (ARPEK), dont un des projets est actuellement soutenu par le PEK. Sofien nous explique que « ce projet travaille sur la dimension sociale et communautaire de l’amélioration de la qualité de l’eau en animant des sessions de sensibilisation et de concertation entre les GDA, les écoles et les populations ». Alors que des conflits existent entre les GDA et les habitants, ce projet semble en effet compter sur des réconciliations et des solutions concertées à l’échelle micro-locale, en attendant que les pouvoirs publics assument leur responsabilité de garantir l’accès à l’eau potable pour tous.

L’accès à l’eau : le « premier traitement de prévention » garanti par la constitution ?

Entre marginalisation du territoire sur le plan des moyens et des infrastructures publiques et «  crise hydrique » en Tunisie, l’enquête souligne  les divers manquements des autorités locales pour endiguer l’épidémie d’hépatite A à Mejel Bel Abbès et Kasserine.

Mejel Bel Abbès : en marge de la marge

A travers les différents témoignages d’agents publics, les carences et les dysfonctionnements des services s’accumulent à Kasserine et particulièrement à  Mejel Bel Abbès comme l’illustre la situation des écoles. Rebhi Ali syndicaliste du secteur de la santé au sein de l’UGTT à Mejel Bel Abbes, nous témoigne que les moyens du dispensaire sont insuffisants et que l’enquête sur l’eau qui doit s’effectuer « quotidiennement » par l’unité de technicien d’hygiène publique, « ne se réalise presque jamais à cause du manque de ressources humaines et de moyens logistiques ».  Du coté de la CRDA, rien n’a été prévu pour améliorer les problèmes de l’eau via les GDA de Mejel Bel Abbès cette année, si ce n’est relier et équiper de blocs sanitaires deux écoles dont celle de Sidi Rabah (qui en l’occurrence en dispose déjà…). Au bureau de la SONEDE, on déplore qu’il n’y ait « aucun laboratoire pour contrôler la qualité de l’eau dans le gouvernorat, et que le plus proche soit à Sousse » et que « le réservoir d’eau soit insuffisant pour garantir la continuité d’approvisionnement en eau potable des abonnés ».

A l’ONAS, N. Badri présente également l’assainissement comme un « indicateur de marginalisation ». « Kasserine ne comptait qu’une station d’épuration jusqu’en 2004 alors que dans le gouvernorat Monastir, il y en avait six ». Aujourd’hui, il y a très exactement deux stations d’épuration à Kasserine et à Sbeitla et 4 stations de pompage dans le gouvernorat, permettant ainsi de raccorder un quart des habitants. « Dans les autres délégations, les rejets s’effectuent dans les oueds les plus proches, sans aucun traitement » complétait-il. L’ampleur des dégats est décrit dans le rapport de R. Gafref qui montre que « les eaux usées brutes » sont de plus en plus directement utilisées pour irriguer les terres agricoles quand elles ne continuent pas leur chemin dans les cours d’eau en direction de Sidi Bouzid et Kairouan. Selon N. Badri, « on constate aussi beaucoup de métaux lourds, en partie liés aux rejets de la SNCPA (« l’usine alfa » de pâte à papier) et à ceux des ménages, qui s’infiltrent dans la terre et contaminent la nappe d’eau souterraine ». Néanmoins, 5 stations d’épuration sont actuellement programmées (en partie financées par des bailleurs de fond comme l’AFD, GIZ, etc.) pour les délégations de Thala, Feriana-Talabet, Sbibaa-Jedelienne, Hassi El Farid et Foussena. Quant à Mejel Bel Abbes (Haidra et Layoune) « rien de très sûr, mais la Banque Africaine de Développement aurait donné un accord de principe pour financer une station d’épuration à l’instar de 80 communes choisies en Tunisie ». Selon les agents de la municipalité de Mejel Bel Abbès, « il serait temps, cela fait depuis 1995 que l’on nous promet une station d’assainissement ».

Les problèmes de l’eau en Tunisie dans le miroir

Ces problématiques reflètent un problème plus global. Avec une disponibilité en eau estimée à 470m3/habitant/an, la Tunisie est considérée par l’OMS en « pénurie hydrique »[10]Pénurie d’eau ou indisponibilité de l’eau à boire ?

A Mejel Bel Abbès, 8,64% des ménages est à plus d’un kilomètre d’une source d’eau potable (soit 387 familles). Les autres sont un peu plus proches ou directement raccordées, mais ne sont pas à l’abri de coupures d’eau. Pourtant à Kasserine dispose d’importante ressources en eau[11] et d’infrastructures hydrauliques conséquentes [12]. Selon le rapport réalisé par R. Gafrej, à Kasserine comme ailleurs en Tunisie, les nappes sont surexploitées, les prélèvements étant supérieurs aux ressources renouvelables. Le rapport constate que ces prélèvements sont très majoritairement dédiés au développement de l’activité agricole, « concurrençant ainsi le secteur de l’eau potable »[13]. C’est notamment pour cela que les GDA sont tenus responsables des fuites, des gaspillages ainsi que de corruption et d’accaparement des ressources pour l’irrigation. Mais cela doit être replacé dans une évolution du secteur, de plus en plus en proie à un modèle d’agriculture intensif requérant davantage d’eau et touché de plein fouet par les effets des changements climatiques en Tunisie. Avec un climat aride et une pluviométrie moyenne très faible (190mm/an), Mejel Bel Abbès est d’ailleurs un des territoires les plus vulnérables aux effets du changement climatique dans un pays où l’on prévoit une baisse globale de 28% des ressources en eau à l’horizon 2030.

 

« La Tunisie est assoiffée » comme l’alertait déjà l’Observatoire Tunisien de l’Eau le 22 mars 2017 à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Grâce à son système d’alerte sur internet[14], l’Observatoire enregistrait à cette date 900 réclamations relatives à l’interruption de l’eau ainsi que 110 mouvements de protestation depuis le début de l’année : le manque d’eau est déjà une réalité. Ayant suivi sur le terrain l’état d’avancement du livre bleu de la SONEDE (projets programmés en 2016), l’Observatoire appelait notamment « la SONEDE à assumer l’entière responsabilité, étant donné qu’elle n’a pas respecté ses obligations envers ses clients ». A Kasserine, du bureau local de la SONEDE, le responsable le confirmait aussi que « l’été sans soif était une fausse promesse faite par le ministère de l’agriculture (dont la SONEDE dépend) qui n’assume pas ses responsabilités aujourd’hui ». Il ajoutait aussi que « les responsables à Tunis, demandent l’irréalisable dans les régions », faisant ainsi référence à la forte centralisation de la gestion de l’eau.

Consacrant l’eau comme « un bien commun » et l’accès à l’eau potable comme « un droit fondamental », le code des eaux est actuellement en cours de révision afin, notamment, « de minimiser la surexploitation », « protéger les ressources hydrauliques de la prolifération des sources de pollution » et pour « y introduire le principe de décentralisation dans la gestion des eaux »[15]On a des raisons d’être peu optimistes quant à l’adoption du code avant les prochaines élections municipales le 17 décembre, et de craindre aussi que la nouvelle version du Code prépare la privatisation du secteur de l’eau en introduisant des possibilités de « partenariats publics-privés »[16]. Pour ne citer que le Maroc, la privatisation a conduit à l’augmentation du prix de la distribution et de l’assainissement de l’eau débouchant sur des mouvements de protestation[17].

Après cette enquête, s’il semble clair que ces services prioritaires en Tunisie sont actuellement producteurs d’injustices et facteurs de risques sanitaires surtout dans des régions marginalisées, deux questions restent en suspens : Quelle politique et quel modèle de développement peuvent garantir à tous « le droit à l’eau » consacré par l’article 44 de la constitution, aujourd’hui comme demain ? Comment défendre ce droit dans un contexte où les discours dominants souvent portés par les responsables politiques, parfois par certaines composantes de la société civile, tendent à responsabiliser le citoyen ?


[1]S. Sbouai, « Kasserine se constitue région victime », Juillet 2015, Inkyfada :  https://inkyfada.com/2015/07/kasserine-region-victime-justice-transitionnelle-tunisie/

[2] « Indicateurs de performance du système éducatif », Ministère de l’éducation, mars 2014 : http://www.education.gov.tn/article_education/planification/indic_performance_sys_educatif.pdf

[3] « Evaluations des conditions d’approvisionnement des écoles en eau de boisson », réalisé par le service de santé du gouvernorat de Kasserine en 2016.

[4] « Le gouvernorat de Kasserine en chiffre », 2014, Office du développement du centre-Ouest : http://www.odco.nat.tn/upload/pdf/2016/odco-brochure-kasserine-2014.pdf

[5] « Evaluations des conditions d’approvisionnement des écoles en eau de boisson », réalisé par le service de santé du gouvernorat de Kasserine en 2016.

[6] Lire A-A Canesse « Gestion des ressources naturelles et système institutionnel de gouvernance en Tunisie », Maghreb-Machrek, n°202, 2010.

[7]M. Kalboussi, « Ces GDA qui assoiffent les ruraux », avril 2015, Nawaat :  https://nawaat.org/portail/2015/04/13/ces-gda-qui-assoiffent-les-ruraux/

[8] Guide d’épidémiologie d’intervention, 2015, Ministère de la Santé http://www.santetunisie.rns.tn/images/docs/Guideepidemiof.pdf

[9] R. Gafrej, « Gouvernance de l’eau en Tunisie : Etude de cas du gouvernorat de Kasserine », Juin 2017, International alert : http://www.international-alert.org/sites/default/files/Tunisia_WaterGovernanceKasserine_FR_2017.pdf

[10] Un pays est en stress hydrique si il dispose moins de 1700 m3/ha/an, il est en pénurie d’eau lorsqu’il dispose de mois de 1000 m3/ha/an).

[11] Selon un récent rapport du Commissariat Régional du Développement Agricole (CRDA) de Kasserine, « la région dispose d’importantes ressources hydrauliques estimées à 271 millions de mètres cubes par an, outre l’existence de 29 nappes de surface, dont 2 communes avec les régions du Kef et de Sidi Bouzid, et 29 nappes phréatiques ».

[12] Selon le rapport de R. Gafreg pour International Alert, il 2 grand barrages, 19 barrages collinaires, 77 lacs collinaires et 515 ouvrages de conservations des eaux et du sol.

[13] Selon le même rapport, dans le gouvernorat de Kasserine, 76% des ressources en eau sont dédiés à l’agriculture, 21% à l’industrie et 3% à l’alimentation en eau à boire.

[14] Liste des alertes de l’Observatoire : http://watchwater.tn/fr/alerteslistuser

[15] « Tunisie : Le nouveau code des eaux au centre d’un conseil ministériel » : http://watchwater.tn/fr/node/11

[16] T. Ben Naser, « Vers une privatisation de la gestion de l’eau en Tunisie ? », Janvier 2017, Nawaat  https://nawaat.org/portail/2017/01/31/vers-une-privatisation-de-la-gestion-de-leau-en-tunisie/

[17] O. Petitjean, « Manifestations massives contre Veolia à Tanger et dans le nord du Maroc », novembre 2015, Observatoire des multinationales : http://multinationales.org/Revolte-des-bougies-manifestations-massives-contre-Veolia-a-Tanger-et-dans-le