La stratégie commerciale de l’Union Européenne : entre agressivité et efforts de légitimation

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    Lucile Falgeyrac : La stratégie commerciale de l’Union Européenne : entre agressivité et efforts de légitimation

     L’Union Européenne négocie ou ratifie actuellement trente-et-un accords de commerce et d’investissement, sur les cinq continents. Certaines négociations sont bilatérales – entre l’Union et un partenaire unique. D’autres sont plurilatérales ou régionales. Certaines portent spécifiquement sur un secteur, d’autre couvrent presque l’entièreté des activité économiques des États impliqués – de l’industrie automobile à l’agriculture, des services financiers aux marchés publics. L’accord entre l’Union Européenne et la Tunisie tombe dans cette seconde catégorie.

    La stratégie commerciale de l’UE vise à ouvrir au maximum l’économie des pays avec lesquels elle négocie ; à s’assurer de l’accès aux matières premières des entreprises européennes ; à limiter la capacité des pays partenaires à réguler leur économie, et particulièrement les activités et la présence des entreprises européennes ; et à protéger les investissements de ces mêmes entreprises.

    Le bilan de cette politique est dramatique. Elle organise la concurrence globale entre travailleurs et écosystèmes de chaque pays. Elle pousse à course vers le bas des niveaux de protection, entraîne la disparition ou l’appauvrissement des paysans, renforce l’instabilité financière et les inégalités. Son bilan climatique est désastreux, et elle laisse les entreprises multinationales en roue libre. Malgré ces impacts, les traités de commerce sont négociés dans l’opacité, et avec un contrôle démocratique minime.

    L’ouverture de négociations avec les États-Unis (TTIP), a mis la politique commerciale de l’UE au cœur de l’agenda des mouvements sociaux européens, de 2013 à nos jours. Suite à une mobilisation d’une ampleur inédite, unissant tous les États membres et une très large alliance d’organisations et de mouvements sociaux, l’UE et ses membres ont été forcés de chercher de nouvelles stratégies pour rendre leur politique commerciale plus acceptable pour les citoyens et parlementaires. Ces stratégies de légitimation incluent des efforts de communication renforcées, la publication de certains documents ayant trait aux négociations, et une évolution des chapitres investissement et développement durable des traités. Loin de changer la logique directrice des accords, ces modifications n’approchent qu’à la marge les problèmes engendrés par le libre-échange, et empirés par les nouveaux traités.

    Dans un contexte où la montée des inégalités et la crise climatique menacent la pérennité de nos sociétés, un changement fondamental de cap est nécessaire. Les traités actuellement en négociation ou en phase de ratification doivent être stoppés. La logique directrice de la politique commerciale de l’UE et de la Tunisie doit changer pour donner la priorité aux peuples et à la planète, et non aux intérêts des multinationales.

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